dimanche 21 octobre 2007

nouveau départ


C'est sans douleur particulière mais avec une légère appréhension que je pars deux semaines travailler en Normandie, dans un endroit visiblement reculé, où l'introspection sera mon seul voyage.

Les derniers jours ont été marqués par un regain d'amour marital. Cela faisait longtemps que tant d'amour ne nous avait pas traversés. Entre son absence et la mienne, une semaine ensemble à New York aura tenu lieu d'écrin à cette cristallisation magistrale. Notre légèreté commune aurait pu nous mener au bout du monde. Et en un sens, elle l'a fait. Silence pudique.

Je me souviens aussi du beau noir et blanc charbonneux de Control, expérience doublement étrange puisque film vu avec M. qui cache de moins en moins son amour hystérique pour moi. De temps en temps, il détournait son visage de l'écran pour me regarder de ses yeux fous. Sur l'écran, un homme (connu, mais peu importe) hésite entre deux femmes, l'une qui lui dit qu'elle l'aime, l'autre qu'elle a peur de tomber amoureuse, et la musique, comme sortie des profondeurs, de Joy Division. Il voulait peut-être me demander de choisir. Mais j'aime le noir parce qu'il y a le blanc et vice versa. Alors je lui ai souri, ému, à la fin du film. J'avais envie de lui donner toute ma tendresse, de boire sa folie, d'apaiser ses peurs, et puis je me suis retenu pour ne pas qu'il tombe encore plus... Je l'ai regardé partir silencieux sans savoir s'il me pardonnerait de lui avoir un peu trop donné, sans savoir si je le reverrai. Silence pudique.

vendredi 12 octobre 2007

le déversement


Hier, je suis retourné chez Moustache, un restaurant libanais dans lequel je dîne à chaque fois que je reviens à New York. Aujourd'hui, j'ai visité le Musée de Brooklyn pour constater que les Rodin avaient changé de place mais que je me souvenais très bien de la peinture européenne du troisième étage. Même le Met où je suis allé me perdre une journée entière mardi n'a plus de secret, je sais où se situe telle ridule ou telle veine sous l'oeil d'un Rembrandt, où se reflète telle lumière sur un Vermeer. Et puis j'ai marché, j'ai reparcouru Canal Street, j'ai remonté Christopher Street du Village à Chelsea, j'ai rejoué à errer sans but dans Central Park, j'ai repris parfois les mêmes photographies, celles qui sont devenues mes souvenirs, dans l'espoir de peut-être y dénicher, plus tard, après une comparaison approfondie, une infime différence. Non, New York n'a pas changé, et si l'émerveillement niais des premières fois s'est peu à peu et presque totalement absenté de mon regard je peux dire qu'à présent je l'aime d'un amour adulte. Je sens le sang battre dans ses artères, la chaleur de son cocon. Je m'y sens en sécurité, à la fois familier et étranger - donc doublement protégé.

Tout à l'heure, j'ai refait l'amour avec un ancien amant, un très ancien amant, un de mes tous premiers. La première fois que nous avons fait l'amour, c'était à Paris, il y a quatre ans, tout était gracieux et évident. Dans le peu de temps que nous avions, il a fallu brûler et je garde de cette après-midi de canicule un souvenir particulier. Ce n'est pas la première fois que j'éprouvais du plaisir, non, mais c'est la première fois que j'éprouvais un plaisir bien précis : celui des amours clandestines, un partage par le corps total et immédiat. Nous n'aurons que ça dans cette vie ? Et bien, soit, brûlons et aimons-nous. Voilà ce que disait l'union de nos deux corps. Plus tard, ses messages tendres, puis nos deux ou trois rendez-vous, clairsemés et pas toujours sexués, m'ont conforté dans l'idée que cette relation était spéciale. J'en ai sans doute connu beaucoup d'autres depuis, et des plus fortes, mais c'est lui qui m'a donné ce goût de l'infidélité joyeuse.

Quand je suis entré chez lui tout à l'heure, il a allumé la télévision comme d'autres auraient mis de la musique romantique. Sur l'écran, c'était un film pornographique des années 1970, un film mignon certes, mais cette clarté de son désir m'a immédiatement révulsé : il voulait coucher et avait libéré sa pause déjeuner de jeune homme d'affaires pour cela. Nous avions une heure, il fallait faire vite. J'ai senti cette première image sur l'écran comme un viol. Quand il est sorti des toilettes, il n'avait pas fermé sa ceinture, pour aller plus vite, me suis-je dit. Il y avait quelque chose de répugnant dans sa présence devant moi, ceinture pendante. Je me suis dit que j'allais partir, que j'allais dire non, et puis il m'a dit deux ou trois mots gentils qui m'ont rappelé celui que j'avais connu, celui-là même qui m'écrivait des mots tendres de temps en temps. Je l'ai laissé m'embrasser. Mal. Sa langue dure dans ma bouche. Ses lèvres trop molles. Le mouvement irrégulier. Je ne pensais qu'à la conversation que j'avais eu avec C* dans le train il y a quelques jours sur les bons amants : on le sait dès le baiser, s'il y a accord ou pas. Je me suis laissé guider sur le lit, prêt à me refuser à tout instant, en sachant bien que plus j'attendais, plus ce serait cruel. Et puis il avait la peau douce. Et puis il a utilisé une des armes contre lesquelles je ne peux rien faire. Et puis nous avons couché (et non fait l'amour, ce serait salir les autres qui m'ont vraiment aimés). Il a déplacé la porte de son placard de sorte que le miroir reflète le lit. Il avait dû étudier précisément la position du miroir, avec beaucoup d'autres, ai-je pensé. Il a sorti du gel, un énorme tube dont je n'ai pas voulu regarder la jauge. Et puis il m'a mis un préservatif. Il m'a fait entrer en lui. Vite, il m'a fait changer de position. Je le regardais, sous moi, et je voyais que son regard fuyait, non ne fuyait pas justement mais visait très précisément un point. J'ai tourné la tête, tout en le prenant plus violemment. Le miroir, bien sûr. C'étaient bien mes fesses qui se serraient et se desserraient, mes cuisses qui se raffermissaient, mes testicules qui se balançaient, et même mon sexe qui sortait, et pourtant ce n'était pas moi. C'était une image. Oui, à cet instant où je sentais pourtant la jouissance monter, je me suis dit très clairement, ceci est l'image d'un film pornographique, un pur équivalent de la première image qu'il a allumée quand nous sommes entrés chez lui. Plus tard, je lui ai reproché ce regard insistant, mais non ce n'était pas un reproche, je lui ai dit tristement. J'ai essayé de plaisanter avec celui que j'ai connu, que j'avais connu. Tu ne serais pas un peu Narcissique ? Il n'a pas compris. Il m'a dit que c'étaient mes fesses qu'il regardait et non pas lui-même. J'aurais pu lui répondre mille choses, mais je me suis tu. A cet instant, j'ai compris que je ne l'aimerais plus jamais, que quelque chose était mort. J'ai tout de même ajouté d'autres mots un peu tristes, qui comme tous les mots un peu tristes, se disent avec un sourire fin. Tu as changé. New York t'a rendu plus froid. Il était d'accord avec moi, il n'avait pas l'air de trouver ça très grave. Nous nous sommes séparés sous une pluie battante. J'ai marché encore, J'avais la nausée. Je me souviens qu'à cet instant je me suis juré que ça ne se reproduirait plus. Je m'étais laissé faire, pour voir, pour le passé, et c'était la dernière fois. A cet instant, j'ai aussi pensé à New York, et cette ville que j'avais toujours idéalisée, la seule où j'aurais voulu, en bon Parisien, vivre ; et j'étais content d'en être un peu exclus, de rester le touriste, l'étranger privilégié, celui qui a des amis ici, qui va et qui vient, mais qui repart toujours, parce qu'il sait que la vie, la vraie vie, est ailleurs, loin de ce tourbillon qui séduit infiniment pour mieux engloutir définitivement.

dimanche 7 octobre 2007

in a dark dark night


Je regarde l'étranger que je suis devenu avec une curiosité teintée de tristesse.

Il y a quelques jours, je recevais des roses qui venaient couronner six années d'amour partagé. Le même jour, je répondais avec ferveur au message tendre d'un jeune homme à qui je pense souvent et contre lequel j'aime me lover. Et puis au milieu de cette nuit enivrée, je m'arrête face à ce jeune réalisateur catalan qui travaille à Londres. Quelques échanges et puis je le regarde vraiment, dans les yeux - une lumière qui m'attire et me brûle en un clignement. Son visage est un poème de douceur, je l'imagine déjà jouer dans une adaptation de "L'Idiot" de Dostoievski, ce qui est un signe de mon enlisement avancé, je sens que je suis au bord des larmes, je ravale mes larmes, je l'écoute et bafouille en anglais, et puis j'écoute les phrases sortir de mon corps, tout ce que je n'aurais jamais cru pouvoir dire à un inconnu rencontré il y a une heure : "I want desperately to kiss you. If I don't kiss you right now, I'm going to die."

A quel moment ai-je basculé ? Basculé dans le monde de ceux qui osent ? Peut-être l'alcool et la langue étrangère me rendent-ils plus audacieux... Comment croire qu'il allait me dire oui ? Je ne sais pas ce qu'il a dit. Peut-etre qu'il a dit quelque chose, mais que je n'ai pas pu entendre - je regardais ses yeux. Il a peut-être ri, oui, c'est possible. Il a peut-être dit que j'étais fou, il l'a dit souvent après. Je me souviens qu'il est sorti du bar, il voulait que je le suive, il me le disait du bout des yeux, et moi je m'attachais à ce fil, celui qu'il me tendait dans la nuit. Là, loin du monde, je ne sais pas quand nos yeux se sont fermés, mais c'étaient ses lèvres que je sentais. Non je ne sentais rien. Je n'existais plus. J'étais la nuit, j'étais l'alcool, j'étais lui. Plus tard, lors de l'un de nos nombreux réveils, il me le dira : quand je te touche, c'est comme si tu étais une partie de mon corps. Avant cela, il y a eu l'amour sur le port, entre la mer et les étoiles. Comme nous étions fous. Nous n'aurions pas pu attendre l'hôtel. Marcher dans la nuit. Traverser un chantier, lui donner la main, dire n'importe quoi à 5 heures du matin. Et puis dormir avec lui sans dormir. Nous nous sommes séparés puis retrouvés pour mieux nous séparer à nouveau. C'était le jour, le monde autour. Il a fallu se dire adieu devant un cinéma. Il ne pouvait pas m'embrasser. Il me disait que j'étais si tendre, il touchait mon côté, il me regardait encore avec son demi sourire, celui-là même que je vois quand je pense à lui, et aussi quand je n'y pense pas. Et puis il a fait quelque chose de très gracieux, il m'a pris dans ses bras et il s'est dégagé très très lentement jusqu'à ce que nos mains se détachent comme celles de Dieu et d'Adam au centre du plafond de la Chapelle Sixtine. Et puis il a disparu dans la nuit du cinéma.

Je suis rentré à Paris. Heureusement, je n'étais pas seul, sinon j'aurais pleuré dans le train, et ce serait ridicule de pleurer dans un train. Je suis rentrée avec C* qui envie ma capacité d'amour, elle dit souvent qu'elle aimerait être pédé. Elle ne sait pas ce que c'est, les interstices, quand je suis seul dans mon lit, quand je ferme les yeux pour sentir encore ce corps qui sentait si doux, pour voir ce regard dont je n'ai pas percé le mystère ; elle ne sait pas ce que c'est que d'avoir un corps couvert d'invisibles tatouages, les marques des corps aimés, et quand la nuit, l'après-midi, mon corps crie, comme séparé, amputé d'un membre...

Alors, oui, parfois, j'aimerais être comme avant. Quand je ne savais pas faire, quand j'avais trop peur des gens pour aller vers eux, quand je ne savais pas donner et prendre aussi vite, quand je ne savais pas immédiatement reconnaître ceux qui me plairaient, ceux à qui je plairais vraiment, quand je pensais qu'aimer c'était aimer une seule personne... C'est sans doute le prix d'être si plein des autres, cette immense déchirure.

jeudi 20 septembre 2007

le refus


Cher J,

je suis très flatté de ton empressement, flatté autant que surpris puisque si tu étais si empressé, tu te serais tout de même manifesté durant ces presque trois semaines. Ce soir-là, au mariage, je t'ai trouvé, comme bien des fois, charmant. Tu m'as séduit parce que tu étais là, avec ta froideur apparente, tes anecdotes à n'en plus finir, ta maladresse enfin, oui, tu étais là devant moi inattendu et désirable. Je me suis donc laissé brûler par la fièvre qui animait tes yeux quand ils se tournaient vers moi - c'est du moins ce qu'il me semblait.

Dans ton mail, nulle fièvre, je ne lis que des injonctions. Je ne suis pas un personnage en quête d'auteur. Les romans, je les écris ; dans la vie, je préfère, ô combien, la surprise et la liberté - d'ailleurs, ne dit-on pas que les plus beaux personnages sont ceux qui restent libres et échappent à leur auteur... Alors, non, je n'entrerai pas dans la case un peu trop préméditée d'un emploi du temps tout fait, et oui, tu en trouveras d'autres qui joueront bien mieux que moi le rôle que tu as écrit pour eux. Je te le souhaite et t'embrasse tendrement.

...
(Le lendemain, après une réponse fleuve pétrie de désir, d'excuses et de nouvelles injonctions).

Cher J.,

je suis heureux de voir à quel point tu te donnes. Car, oui et je le
dis sans ironie, tu donnes beaucoup.

Tu donnes et tu prends, tu ne t'abandonnes pas. Tu as peur d'être
ridicule, ou pas peur, peu importe, mais sache que tu ne l'es pas. Tu
l'as peut-être été, ou sur le point de l'être, un jour tremblant sur
un banc devant la Cinémathèque. Sache que ce jour-là, j'aurais pu
t'aimer.

Mais en te relisant, je m'aperçois que le seul mot absent de ta
fougue, c'est celui-là même par lequel j'avais terminé mon précédent
message, celui de tendresse. Tu es un lion et je suis un papillon,
nous ne jouons définitivement pas dans la même cour. Tu m'offres un
amour tragique, un sexe violent et, encore une fois, un programme à
remplir... mais moi j'aime l'amour léger, le sexe ludique et la grâce
muette d'un échange véritable. Alors, c'est vrai, nous nous sommes
croisés et nous n'aurions pas dû. Avoir lutté contre cette impossibilité, je trouve que c'est déjà beaucoup et je le garde avec moi comme un secret. Car je ne peux pas me donner à toi, de même que tu ne peux pas t'abandonner, parce que je ne sais pas, parce que tu ne sais pas. Tes lèvres ont le goût de soufre. Tes ailes me font saigner. Et moi, non, je ne veux pas brûler.

mercredi 19 septembre 2007

les jours et les nuits (de berlin)


Je n'ai pas écrit. J'aurais pu, mais une fois n'est pas coutume, je les ai vécues, mes petites fictions. Je me suis laissé glisser le long du réel, et au fil des rencontres j'ai plongé dans le fleuve de l'oubli. Non, aujourd'hui, je ne me souviens plus de la continuité des choses, de pourquoi j'ai fait ceci ou cela. Il ne me reste que des bribes... Berlin, d'abord, oui Berlin...

A peine descendu de l'avion avec P., me voici dans les bras de Hendrik qui nous loge. Il est gentiment venu nous chercher, et son excès d'amabilité prend une tournure bien physique : il nous serre contre lui, P. d'un côté, moi de l'autre. Etonné, je regarde le visage de P., qui ne déteste rien tant que ce genre d'effusion (il peine déjà à faire la bise), et je remarque qu'il se contient sans rien dire, un peu dépassé sans doute par les événements. Hendrik ne quittera pas son rôle de (trop) bon guide, P. celui d'invité oppressé qui reste poli. Ah, ces Allemands, ça commence bien... Ce soir-là, nous irons dans un bar qui réussit le miracle d'avoir des garçons beaux et intelligents, puis nous passerons dans une alcôve entièrement recouverte de fourure rouge et de miroirs baroques. C'est dans cet endroit pour le moins décalé qu'un (très) beau Turc me regarde avec insistance. Il ne parle ni français, ni anglais, et envoie une amie pour me séduire. Quelques minutes plus tard, il me fait asseoir sur ses genoux (qui me paraissent immenses) tout en me répétant qu'il est hétéro et que je suis très mignon. Plus rien ne me surprend, ma volonté est déjà noyée dans les volutes de l'alcool. Plus tard encore, il me fera toucher ses muscles, sa poitrine. Et quand mon regard un peu intéressé lui montrera ma gentillesse, il fera quelques pas en arrière : je me méprends, dit la traductrice. Il a le physique d'un rugbyman et le visage gracieux d'un danseur. Il ne connaît qu'un seul mot en anglais : bodyguard. C'est son métier. Comme je ne crois pas sérieusement qu'il se passera quelque chose - et le voudrais-je seulement ? - je joue son jeu. Il nous suit, Hendrik, P. et moi, dans un autre bar, loin du Kreuzberg où nous nous sommes réfugiés depuis plusieurs heures déjà. Nous nous arrêtons à l'Alexanderplatz dont j'avais tant rêvé. L'extrémité de la tour est plongée dans la brume, et a une beauté que je ne lui reverrais plus de jour. Dans les sous-sols d'une boîte, le Turc fait mine de partir furieux... Je ne l'ai pas touché, je lui ai juste montré le babyfoot dans la pièce d'à côté. Il a dû croire que je l'entraînais dans un coin sombre. Curieusement, je suis déçu, ou non, moi-même peut-être furieux que ce type refoulé joue avec moi, et ce malgré lui, par pure bêtise... Au moment où il disparaît dans l'escalier en colimaçon, un garçon entre, me regarde, mime le geste que je fais, un geste de tragédien, la main sur le front, il commence, quelques mots en Allemand auxquels je ne comprends rien, puis en anglais. Comme il est agréable de comprendre, de séduire et d'être séduit par les mots. Son regard est franc, ses mots troubles - il me désire, le sait, le veut. Il ne tarde pas à me proposer un verre. J'ai déjà trop bu. I'm drunk enought. Enought for what ? To die, to live, to cry, to kiss... Il m'embrasse. Je sens son corps frémir, son dos ferme, ses baisers fougueux. Le temps s'arrête. L'éternité du premier baiser qui n'en finit pas de recommencer. De la lumière près de la porte, les autres me regardent avec ironie (Hendrik avait prévu mon succès et m'avait encouragé à garder mon petit polo noir). Ils veulent partir. Que faire ? Quand il est entré, à cet instant précis du temps, n'importe quel garçon, un tant soit peu bavard et sensuel, aurait pu me séduire. J'attends donc une nécessité, un signe. Je lui dis que je dois partir, il me dit de venir chez lui. Je lui dis que je n'ai que quatre jours, quatre jours c'est trop peu pour un amour comme le nôtre. Il sourit, il me dit qu'il essayerait bien. Je prends conseil auprès de P., génial paranoïaque hypocondriaque, qui me lance : il est en phase terminale de sida. Il en fallait moins pour me refroidir. Je n'en suis pas du tout sûr, mais bon, puisque j'attendais un signe, je dis adieu à mon amant allemand qui ne le sera jamais vraiment. Dans ces mêmes escaliers en colimaçon où mon Turc a disparu tout à l'heure, nous échangeons un dernier baiser. Comme le dernier est proche du premier, et pourtant si différent. Il me tient par la main, me retient, de multiples baisers. Et puis, je m'échappe, je sors sur la place, à la lumière des lampadaires. P., horrifié, s'approche de moi : il a vu le visage du bien aimé et s'excuse ("Il est très bonne santé celui-là, je l'ai confondu avec un autre..."). Je souris de sa méprise. Je pourrais redescendre, mais je voulais m'échapper, voilà qui est fait. Peut-être avais-je juste besoin de sentir cette légèreté qui ne peut exister qu'à l'étranger, quand on devient autre en recommençant tout à zéro - un baiser, oui, rien qu'un baiser.

Les autres soirées berlinoises ressembleront peu ou prou à celle-ci. Danse et alcool (ah, ce bide de bière que j'ai mis deux semaines à perdre!), garçons et légèreté. Le Commandant Hendrik s'avérera capable d'une sentimentalité insoupçonnée (il écoute le Tristan et Iseult de Wagner, comme moi, et m'abreuve encore de mots doux, à distance). De jour, je me laisserai guider par Marion dans les rues de Mitte ou sur la "casting allée", j'irai me perdre dans la contemplation des Caravage et des Veermer, je profiterai du soleil des parcs...

Et puis, ce bonheur, si dense, s'achève. Nous rentrons tristement, avec P., en sachant bien que nous ne passerons pas de vacances aussi folles avant longtemps, très longtemps. Oui, de vrais vacances : quand l'esprit marche plus vite, ailleurs, autrement, quand on peut se perdre au coin d'une rue et se retrouver la seconde d'après en s'arrêtant pour contempler le vestige d'un mur trop symbolique, une architecture jamais vue, un ciel chargé de mélancolie.

Quand je suis rentré ce lundi-là, j'ai ouvert un livre d'allemand. Il était temps que je commence une vie nouvelle.

mercredi 5 septembre 2007

un degré et demy


Indescriptible, irraisonnable joie! L'idée d'aller à Berlin, pour la première fois de ma vie, demain, avec P., me remplit de joie. La perspective du plaisir de voir tout à l'heure, avec JM, le nouveau film d'Eric Rohmer, me remplit de joie. Le cap passé aujourd'hui de, pour la toute, toute première fois, solliciter quelqu'un pour un travail me remplit de joie. Mais où était-elle donc ensevelie toute cette joie qui s'extrait soudain de mon corps consentant ? J'aurais presque envie de chanter, comme dans "Peau d'âne" :

Mais qu'allons nous faire de tant de bonheur
Le montrer ou bien le taire?
Tous deux nous ferons de notre vie
Ce que d'autres n'ont jamais su faire
Nos amours resterons légendaires
Et nous vivrons longtemps après la vie
Mais qu'allons nous faire de tout cet amour
Le montrer ou bien le taire?
Nous ferons ce qui est interdit
Nous irons ensemble à la buvette
Nous fumerons la pipe en cachette
Nous nous gaverons de pâtisseries
Mais qu'allons nous faire de tous ces plaisirs?
Il y en a tant
Il y en a tant
sur Terre
sur Terre

lundi 3 septembre 2007

en attendant la pluie


Blanc, le ciel n'est plus qu'un nuage.
Le vent frais par la fenêtre ne balayera pas les larmes.
Attendre la pluie pour les noyer dans l'immensité. Et crier.

mardi 21 août 2007

la nostalgie du soleil


Je pense à ce garçon que je ne reverrai peut-être jamais et que j'ai peut-être vraiment aimé. Je pense à cette île italienne que je ne reverrai peut-être jamais mais dont je me souviendrai toujours - son eau au bleu si transparent. Je me sens comme en exil. C'est peut-être qu'il fait froid aujourd'hui à Paris. Oui, j'ai froid et je repense au soleil de la Sardaigne. Si je donne le nom d'un garçon ou d'un pays à mon exil, n'est-il pas plus profond, plus durable ? Oui, mais être en exil de quoi exactement ? Il y a certains jours où je ne me sens pas à ma place, l'impression que c'est un autre que moi qui est là, qu'en prononçant mon nom c'est à un autre qu'on s'adresse. Et moi, où suis-je alors ? Nulle part. Ce que je sais, c'est que mon oisiveté a assez duré, il est temps que je retourne au travail.

mardi 14 août 2007

le feu sacré


Hier, j'ai fait l'amour trois fois, avec trois garçons différents.

J'ai dit "Viens" à mon Italien en transit à Milan, et il est venu. Une semaine après notre rencontre impromptue, il était là, dans mes bras, à Paris. Nous n'avions qu'un week-end pour nous connaître, alors il fallait faire vite, très vite. Aller au cinéma et au musée, parler - beaucoup - lui faire à manger (au moins un boeuf Stroganoff et un tiramisu), et faire l'amour, bien sûr. Apprendre par coeur chaque millimètre de sa peau, caresser ses cicatrices, se souvenir du goût de sa langue, de son sexe, s'imprégner de son odeur. Parfois, sa fierté italienne m'amusait, il prenait mal mon ironie française, et puis quand je boudais, venait me couvrir de baisers. Le dernier jour, dans un souffle il s'est serré contre moi, a susuré un "Je t'aime" si doux et si faible que le moindre frémissement de vent par la fenêtre, le moindre pas sur le plancher du dessus aurait pu le recouvrir. La dernière fois que nous avons fait l'amour, il s'est mis à pleurer, des sanglots entrecoupés d'excuses ("Je ne suis pas comme ça d'habitude"). Je n'ai rien dit. Je l'ai juste serré plus fort, et à mon tour, je l'ai couvert de baisers ; et puis, j'ai bu ses larmes. Quand il est parti ce matin-là, je l'ai regardé s'éloigner encadré par la vitre sale du RER qui le conduisait à son avion. Je suis sorti de la Gare du Nord et j'ai marché, marché, marché.

J'ai nagé, nagé, nagé. Ma tête était vide, j'étais content de ne penser à rien. Quand je suis sorti de la piscine, je savais que je retrouverais ma chambre blanche et qu'il ne serait plus là. Je ne voulais pas être surpris par une douleur inattendue alors j'avais fait le ménage, changé les draps - tout faire pour ne pas me complaire dans son absence. Quand je suis sorti de la piscine, j'avais un message. Ce n'était pas encore le sien, qui arriverait plus tard, dans la soirée, c'était celui d'un ancien ami-amant, un Brésilien avec qui j'avais beaucoup partagé il y a 9 mois et qui était de retour à Paris pour quelques jours. Il est immédiatement venu chez moi, s'est assis sur mon canapé, m'a confié la cause de son long séjour au Brésil - la mort de son père. Tout en me parlant, il me tenait les mains. Notre complicité physique était évidente dès la première rencontre, et sa sensualité me faisait toujours le même effet, un lent et irrésistible glissement. C'est naturellement que notre verve, nos confidences se changèrent en baisers, en morsures. Nous fîmes l'amour longtemps, comme si c'était la première fois. Je notais secrètement les petites différences de son corps avec le corps de mon souvenir, son ventre moins parfaitement tendu, son torse plus poilu, son sexe plus large. Pendant les heures que dura cet amour, nous n'avions pas prononcé un seul mot. C'est tout aussi naturellement que la jouissance mit fin à nos silences et que, sous la douche, je le retrouvais volubile, tel que je l'avais toujours connu. Sur le pas de la porte, nous échangeons un dernier baiser, nous promettant de nous revoir en septembre et nous partons tous les deux rejoindre notre vie, le réel.

Mon réel, c'était un film d'Oshima avec Julien - le bien nommé Les Plaisirs de la chair. Julien n'est pas beau, il n'est même pas mon genre, et pourtant je me sens attaché à lui par un lien presque animal. Peut-être est-ce sa voix suave, inégalable. Souvent au téléphone, je fais durer la conversation, l'encourage à continuer juste pour entendre le son de sa voix un peu plus longtemps. Je n'imagine jamais que je referai l'amour avec lui et, à chaque fois, je suis comme débordé par une force, peut-être son désir à lui, peut-être mon propre corps surpris de ce qu'il découvre. Ce soir-là, après le film, après le dîner, nous avons dormi chez lui. Nous nous sommes embrassés voracement, déshabillés rapidement mais nous avons mis longtemps à jouir. Son sperme était le troisième que je recevais de la journée, pourtant ce fut comme une première fois. Je fus aussi étonné de jouir aussi fort après deux orgasmes aussi beaux et pleins que ceux qui l'avaient précédé. Après l'amour, je restais alangui sur le lit tandis qu'il se confiait en me caressant les cuisses. Je lui reprochais mollement d'avoir accueilli chez lui pendant plusieurs jours un ami qui ne le méritait pas et que lui-même ne respectait pas vraiment, à peine un ami en somme, jusqu'à ce qu'il m'avoue qu'il l'avait fait pour se sentir moins seul. Tu es si seul que ça ? Atrocement. J'approche la main de son visage pour le saisir. Qu'il sente une présence alliée. A cet instant, son regard est doux comme sa voix et je me plonge longtemps dans la contemplation de ce bleu si triste bien au-delà du beau et du laid. Je le soupçonne d'avoir laissé la fenêtre ouverte, cette nuit-là, pour que je sois obligé de me coller contre lui, ce que j'aurais de toute façon fait. Tard dans la nuit, nous nous sommes endormis comme un seul corps.

Hier, j'ai allumé trois cierges, brûlé trois fois dans l'église de l'amour. Oui, j'ai fait l'amour trois fois, avec trois garçons différents. Je les ai tous aimés.

lundi 6 août 2007

il n'y a d'amour généreux que celui qui se sait en même temps passager et singulier


1. Sur une plage italienne, fin d'après-midi.
L'eau est incroyablement transparente, je le regarde. Il le sait, comme je sais aussi qu'il me regarde. Il se tourne vers l'horizon puis vers moi puis vers l'horizon... Plus tard, il passera devant moi, s'arrêtera un peu loin. Il n'est pas le seul à changer ainsi de place ; c'est une danse, les garçons font les paons sur la plage. Inédit aux yeux voraces, j'attire les regards comme un petit rongeur au milieu des vautours.IIs passent et repassent, s'arrêtent, jouent les indifférents, fixent au loin. Lui n'est pas comme les autres. Quand j'ai repris la route ce soir-là , juste après le coucher du soleil, en montant dans sa voiture, il s'est tourné vers moi et a esquissé un signe, comme un adieu pudique et impossible. Cette nuit-là , je repenserai en me tournant dans un sommeil qui tardera à venir aux garçons de la plage, le regard avide, dressés comme des mâts au beau milieu du sable et des roches, je repenserai à lui surtout - le parfum du regret. Alors quand le lendemain, je me trouve à nouveau sur cette plage, presque par hasard, et qu'il est là, je le contemple avec plus d'insistance. Il n'est sans doute pas le plus beau de la plage, mais il me plaît infiniment. Une heure passe, je nage, l'eau toujours aussi claire, le soleil toujours aussi fort. Il repasse. Mon coeur bat très fort. Il avance devant moi, à deux mètres et je sais que c'est une illusion mais j'ai l'impression qu'il passe très très lentement. Je pourrais sentir son odeur, puisque le vent est favorable. Il s'assoit un peu plus loin. Après moult tergiversations, je me décide, pour la première fois de ma vie, à faire le premier pas. Ce doit être l'esprit des vacances, la légèreté d'être à l'étranger, croire que tout est possible.

Nous parlons longtemps, debout sur la plage. Nous dessinons des pas de danse, danse qui cette fois-ci se joue à deux. Les autres doivent nous regarder, spectateurs d'un moment volé, mais nous n'y pensons pas, nous sommes trop occupés à nous regarder, à nous écouter. Il remarque mon coup de soleil, répond à mes sourires, tente quelques compliments mais ce sont ses yeux le plus beau des compliments. Je pourrais vivre l'éternité sous ce regard tendre et généreux. Celui de Y. non loin de là s'est éteint : il ne me regarde plus avec l'amour qui nous a bercés pendant six ans. Ne pas penser au puits sans fond de souffrances qu'est cette rupture qui approche et lever les yeux vers l'amour qui naît sur les cendres encore brûlantes... Le soleil se couche à nouveau tandis que nos corps offerts aux derniers rayons se tournent autour sans se toucher. Il a l'air doux, incroyablement doux. Nous prenons rendez-vous pour dîner une heure plus tard et passons une étrange soirée - Y est là, et parce que cet amour est transparent je ne prends pas la peine de le lui cacher, pour la première fois je lui donne l'éclosion de mon amour en spectacle.

2. Les rues de la ville, la nuit.
Se donner la main sous la table. Se frôler en marchant côte à côte. S'arrêter soudainement, et s'embrasser dans une ruelle déserte. Voilà ce que nous faisons. Nous nous nous découvrons comme deux adolescents, et tout a le goût des premières fois. Nous baissons les armes, ou plutôt lui car moi je ne suis jamais armé dans ces moments-là - inconscient, je n'ai peur de rien et veux bien tout donner, tout prendre et tout perdre. Je sens le moment exact de sa chute, celui où il tombe amoureux. Je jouis de ce moment sans cynisme car moi aussi à cet instant je suis touché par sa présence et je sens que nous vivons un moment unique. Un moment...

3. Car il faut partir.
Le dernier soir, nous cherchons un endroit où nous aimer pour la première fois (la seule?). La chambre d'hôtel est exclue - Y. y est à ne plus m'attendre, déçu par mon égoïsme. Et mon Italien habite si loin... Alors il m'emmène près du phare, nous trouvons des vestiges de la guerre et nous nous embrassons, oubliant le temps qui passe, l'Histoire étouffée sous nos baisers, les regards d'autres garçons qui se font de plus en plus insistants. Car nous sommes sur un lieu de drague. Ironie, c'est le seul endroit où nous pouvons nous toucher. Mais déjà, je remarque un garçon qui se cache pour nous épier et je l'imagine en train de nous souiller. Nous partons et nous nous arrêtons sur un chemin rocailleux, perdu. Dans sa voiture, nous nous déshabillons pour la première fois. Côte à côte, nous nous caressons. Je touche cette peau si désirée, si brune et si douce. L'étreinte. Je finis par jouir sans même me toucher. Je trace un Pollock sur son torse. J'étale en espérant qu'il garde mon odeur longtemps. La nuit est tombée derrière nous. Nous nous embrassons encore.

L'horloge me rappelle cruellement qu'il faut partir. Et c'est le lieu même de notre amour qui est le véhicule de notre séparation. Sur la route du retour, nous nous taisons. J'essaie quelques paroles réconfortantes, il me réplique qu'il est plus vieux que moi, que je suis Don Giovanni, un méchant, qu'il faut que je revienne et qu'il sait que je ne le ferais pas. Il me dit tout ça en riant, alors moi aussi je ris, je lui dis qu'il exagère, explore quelques théories sur l'amour et la rencontre. Je le sens rageur, au bord d'exploser. Il ne me dit plus que des phrases simples et définitives : il me veut pour lui seul, me demande une exclusivité pour au moins 20 ou 30 ans, je lui dis que ce n'est pas possible, que s'il m'aime un peu il doit aussi aimer ma liberté. Puis silence. Je sais bien qu'il a raison. Je me tourne vers lui qui conduit toujours, inexorablement vers notre séparation. Il a du mal à cacher sa tristesse. Il regarde l'heure, plus que 5 minutes, il est au bord de pleurer. C'est très beau un garçon qui se retient de pleurer. Toutes mes paroles seraient indécentes, alors je regarde par la fenêtre cette mer qui n'en finit pas d'être bleue. Je suis fatigué, je suis toujours plus sensible quand je suis fatigué. Je ne vais pas me mettre à pleurer, quand même, ce serait ridicule. Quand la voiture s'arrêtera quelques minutes plus tard, nous aurons à peine échangé quelques mots de plus. Nous nous regarderons, un vrai, un long regard, et je partirai en emportant les kleenex qui ont servi à nettoyer notre méfait.

4. Cette nuit-là quand je rentre auprès de Y, je ne me sens pas très bien. Je ne me sens pas coupable de l'avoir trompé une fois de plus, non, je me sens d'un égoïsme dévorant. Avoir laissé Y seul, qui savait très bien ce qui était en train de se passer. Avoir aimé, fugitivement, J., avoir construit cette si belle fiction alors que lui est rentré avec sa tristesse et sa solitude. Je me rêvais en ange qui apporte l'amour, et je ne suis qu'un voleur, un petit malfrat, un médiocre qui laisse tomber les garçons comme des quilles sur son passage, tout en les maintenant dans l'espoir d'un grand amour. Et pourtant je suis sincère, terriblement sincère. Tandis que J. m'écrit pour me dire sa souffrance, je me dis que je vais éviter les garçons pendant un moment. Et pour me consoler, je relis le passage du Mythe de Sisyphe sur Don Juan :

"Nous n’appelons amour ce qui nous lie à certains êtres que par référence à une façon de voir collective et dont les livres et les légendes sont responsables. Mais de l’amour, je ne connais que ce mélange de désir, de tendresse et d’intelligence qui me lie à tel être. Ce composé n’est pas le même pour tel autre. Je n’ai pas le droit de recouvrir toutes ces expériences du même nom. Cela dispense de les mener des mêmes gestes. L’homme absurde multiplie encore ici ce qu’il peut unifier. Ainsi découvre-t-il une nouvelle façon d’être qui le libère au moins autant qu’elle libère ceux qui l’approchent. Il n’y a d’amour généreux que celui qui se sait en même temps passager et singulier. Ce sont toutes ces morts et toutes ces renaissances qui font pour Don Juan la gerbe de sa vie. C’est la façon qu’il a de donner et de faire vivre. Je laisse à juger si l’on peut parler d’égoïsme."

5. De retour, dans l'avion.
Aujourd'hui, peut-être est-ce la tristesse et la fatigue du retour mais je me sens si loin de toutes les justifications théoriques que j'ai depuis quelques années pris tant d'énergie et de plaisir à élaborer. Car que sont les idées face à la souffrance d'un garçon ?

6. Il pleut sur Paris, et je me suis fait prendre à mon propre jeu. Je repense au regard de J., à ces moments volés, qui sont les seuls que je sais vivre, et je lui écris. Je lui dis qu'il m'a donné de la force et que je voudrais lui en avoir donné aussi, ne pas être qu'une source de tristesse... Quelques minutes après, j'ai sa réponse :

"Tu m'as donné de la joie, beaucoup de joie. Même si je souffre, je suis content, content de souffrir justement... parce que je ne pensais plus que c'était possible. J'étais devenu un glaçon, je pensais être froid et détaché. J'ai bien vu avec toi que ce n'était pas vrai..."

En cet instant, ses paroles me donnent l'impression de ne pas m'être trompé sur tout. Je suis incroyablement joyeux et triste à la fois. Ce n'est pas l'état le plus agréable mais c'est ainsi que j'affronte l'absurdité du monde et de ma vie. Oui, j'existe.