lundi 28 janvier 2008

l'amour de l'opium


Il me dit que, après l'amour, je suis comme un fumeur d'opium dans les faubourgs de Shanghai. Je m'endors sur le côté, profondément, là où tout est blanc et beau. Je le sais que c'est le plus doux des moments, cette plage, petit espace-temps volé au temps lui-même.

Il me dit que, après l'amour, je suis comme un fumeur d'opium et, pour la première fois, je me vois comme je suis : un drogué, à la recherche de ce bonheur-là, être alangui auprès d'un corps chaud et aimé... Car que chercher d'autre dans les rues du marais et les faubourgs d'Internet si ce n'est un corps contre qui se lover, goûter un instant à l'absolution, à l'oubli ?

Le fleuve en moi se réveille. Cela fait un mois que je suis fidèle. La sexualité d'un vieux couple est toujours belle mais trop rare, et je sens comme une douleur au creux du ventre. Chaque image érotique sur les murs de la ville, chaque bout de peau d'un acteur aperçu dans un film de cinéma, chaque corps frôlé à la piscine, est une tentation déchirante. Je souffre et me sens seul.

Je veux sortir de chez moi, séduire une nouvelle âme, conquérir un nouvel esprit, gravir un nouveau corps, mais je ne sais que trop bien que cela ne s'arrêtera jamais, que je suis prisonnier d'un cycle et qu'il me faut fixer un mur à mes désirs. Je veux sortir de moi, de mon corps, retrouver la plage blanche auprès du corps chaud, sentir le souffle aimé contre ma nuque. Je veux et ne veux pas. Mes entrailles se déchirent. Je respire profondément et vais me cacher dans le noir - attendre, en souffrance, au beau milieu des faubourgs de Shanghai.

vendredi 11 janvier 2008

paysage figé par la fenêtre


Le temps avance, calme.

Je m'emploie, loin de Paris, à donner à ma vie le charme d'une ritournelle répétée à l'infini. Je crée des petits rituels ; je me lève et me couche toujours aux mêmes heures, lis le matin et le soir, regarde un film après le dîner. Réglé comme une vieille horloge, je travaille, j'avance. Je m'arrête parfois sur cette pensée : comme il est facile de se passer de l'agitation parisienne.

Aucun désir n'est venu troubler le repos de mon âme. Cela pourrait ressembler à un tombeau. Ma vie intellectuelle, pourtant, n'a jamais été si vivante.

vendredi 4 janvier 2008

éloge de la fadeur (la valse des amants)


Je me suis laissé guider une fois de plus en attente d'un signe qui n'a pas cessé de ne pas venir. A chaque nouvelle année, cette tradition, un peu sotte mais assez utile (car oui la sottise est utile), de se dire qu'on sera meilleur demain qu'hier. En somme, c'est ce que je me dis tous les jours depuis plusieurs mois déjà, plusieurs mois parcourus non pas par une dépression profonde (parce qu'il faudrait dès lors remonter) mais par une petite tristesse qui traîne, à la surface. Je regarde ma vie avec un détachement certain. Mieux : je regarde mon corps, moi en train d'agir, comme si c'était un autre, une expérience dont mon esprit pourrait tirer profit, apprendre - et je le regarde se perdre avec un étrange mélange de délice et de douleur. Si on admet que la figure du baroque est le miroir (la vérité est le reflet) et que celle du maniérisme est le voile (qui cache un voile qui cache un voile qui cache un voile... : il n'y a donc pas de vérité), ma vie serait en tout point maniériste, une sorte de cycle qui tourne et se répète en de multiples jeux d'échos privés de sens (le premier son en avait-il seulement un, de sens ?). Le sens, c'est la signification et la direction. Et puisque mon corps et mon esprit (je n'ose dire mon âme, pour ce qu'il en reste) sont détachés, il faudrait bien que je lui donne, de force, un sens. Mais avant tout, qu'est-ce c'est, cette répétition infernale ?

Evidemment, au cœur de mes doutes, il y a comme toujours mais plus pour longtemps, espérons-le, les garçons. Par un curieux enchaînement, une déception a amené des retrouvailles qui ont amené une déception qui a amené des retrouvailles... (toujours l'histoire du voile). Face à Adrien qui n'a pas esquissé un mot de remerciement pour les deux semaines pendant lesquels je l'ai logé et écouté, je me suis souvenu de T. avec qui il avait beaucoup en commun, cet orgueil démesuré, leur jeunesse qui se donne des airs de sagesse, jusqu'à une beauté un peu trop grande et qu'ils ne peuvent pas porter (ou plutôt : les abaisse à un narcissisme qui leur interdit toute possibilité d'une amitié sincère). Mais T., sa douceur, son intelligence, son goût sûr, s'est soudain vu revalorisé par la comparaison. Pas de nouvelles depuis 4 ou 5 mois - après une énième petite dispute, car il est caractériel et cyclothymique, mais cela fait partie de son charme ; pourtant, un seul message aura suffi à le faire réapparaître quelques heures plus tard. Il faut dire que c'est un des grands amours de ma vie, et que pendant quelques semaines, il y a un peu plus d'un an, fin août début septembre, nous nous étions vraiment aimés, et j'avais cru, peut-être, vivre avec lui quelque chose comme l'éternité. Il est donc entré dans ce bar où je l'attendais sans l'attendre. Il est venu vers moi, illuminé de l'intérieur, et j'ai constaté qu'il était toujours beau - je l'avais un temps qualifié de plus beau garçon du monde, oui j'étais très amoureux. J'ai constaté surtout qu'il était brillant, que sa parole se dévidait avec bonheur, j'aimais ce qu'il disait, sa façon de le dire, et ce qu'il me faisait dire. Car pour être à la hauteur de sa beauté, il m'a toujours fallu être plus intelligent avec lui - et je vois combien cette phrase est cruelle pour moi, narcisse dégénéré, et pour les autres, ceux, moins beaux peut-être mais qui m'ont aimé tellement mieux. De bar en bar, de bière en bière, nous avançons dans la nuit noire, lui, mon éternel ami P., et moi, le sourire aux lèvres (c'est l'expression préférée de T., qui prendra un malin plaisir à la prononcer dès sa première phrase, comme une marque de reconnaissance entre nous). Toujours aussi imbu de lui-même, T. jouera de l'attirance qu'il sait provoquer et humiliera P. Puis nous partirons le glorieux et moi revivre une scène déjà vécue seize mois plus tôt. Chez lui, nous nous déshabillerons doucement, nous nous regarderons, et il dira : nous sommes de vieux amants, maintenant. Il me dira aussi que nous avons grossi, et je me tairai pudiquement, parce que je sais qu'il n'a pas de mémoire, que je n'ai pas grossi, mais que lui, oui, par contre, a pris quelques kilos. Soudain, ainsi révélé, le glorieux fantasque, sans plus d'orgueil, me dira : je veux te faire jouir, je veux ce que tu veux, dis-moi comment t'aimer. La facilité du contact de nos deux peaux, la tendresse soudaine d'une nuit partagée, le petit matin rêveur parcouru de baisers - voilà ce qu'a été notre nouvelle rencontre, la même et une autre. Quand je suis sorti de chez lui, j'avais le sourire aux lèvres. Tout avait été d'une si belle inconséquence.

Pourtant, j'avais décidé de ne plus jouer, de ne plus me laisser guider par mon corps, ou plutôt : de ne plus laisser mon corps répondre aux attentes des autres. Mais je ne sais pas dire non. En hommage à un amour passé, mais bien présent, j'ai cédé à T. Comment le regretter? La semaine suivante, en son absence, j'ai voulu rejouer cette nuit sans sommeil. P. n'était pas là non plus, et ma valeur morale était en vacances avec lui. J'ai donc erré sans but, en refaisant le même trajet, de bar en bar, mais à vide. Je me souviens de mon ivresse, de cette impression de me voir de haut en train d'entrer dans la cave infernale. Je me souviens d'un baiser, de deux, de trois dans cette cave où je reconnaissais sans connaître quelques ombres du passé. En sortant soudain seul, un couple me demande son chemin. Un des deux me regarde, de face - il dévore mon âme du regard, le vampire. Et moi, ivre, je leur donne des indications parcourues de baisers. Le deuxième tourne la tête, se moquant de nous, et de nos baisers. Oui il faut descendre ici et marcher... (je l'embrasse)... dix minutes ... vous êtes ensemble ?... (je l'embrasse)... Ton copain est très beau, dis-je à celui que j'embrasse une dernière fois... Il se passe des choses étranges à cette heure-là de la nuit, juste avant le matin, quand il n'est plus tard et pas encore tôt. Je les regarde partir, ces deux beaux garçons, jeunes et étrangers, vers leur hôtel. Pas un instant, je n'ai pensé à les suivre. C'était un baiser gratuit, sans attente, presque fou. Je marche quand je vois qu'un autre garçon me suit, lui aussi il vient d'ailleurs, il est Italien, et il n'a pas l'air de jouer dans mon camp (lire : sexuel). Pourtant, il me suit, me parle, prend le bus de nuit qui passe là par hasard et entre chez moi. Je ne sais pas à quel moment j'ai dit oui à quoi, d'ailleurs je n'ai peut-être rien dit. Il ne me plaisait pas, il ne me déplaisait pas non plus. Il s'est déshabillé, m'a assuré qu'il aimait les femmes, m'a montré son sexe me demandant une approbation. Je riais sous cape et n'osait lui dire qu'il bandait mou, que non son sexe n'était pas si gros et qu'il pouvait arrêter de me parler des femmes. Pourtant il était triste ce garçon. Devant son sexe vaguement dressé, je ne me suis pas prosterné comme il l'attendait. Il n'était pas vexé, il continuait à me parler de sa vie à Paris, et puis soudain il m'a dit qu'il avait faim. J'ai sorti tout ce qu'Adrien avait acheté la semaine précédente et qui me dégoûtait un peu parce qu'il avait rempli mon frigo en me disant "nous sommes quittes", alors que je n'attendais nullement du matériel de lui et que nous n'étions définitivement pas quittes - mais cela m'apprendra à accueillir les gens avec trop de ferveur. L'Italien, donc, dévorait pendant que je pensais à Adrien, à T., à ce sexe nu qui n'allait pas servir - et l'idée de ce type nu dans ma cuisine me faisait rire franchement à présent. Il me demanda ensuite s'il pouvait se laver, et je compris seulement à cet instant ce que mon état d'ébriété ne m'avait pas permis de voir - et ma bêtise bourgeoise, il faut bien l'avouer. Ce type, nu devant moi, était là pour coucher parce qu'il voulait manger, se laver, de l'argent. Il n'osait pas le dire, il ne l'avait jamais fait, mais c'était ça. C'était un clochard, un déluné, tombé là chez moi par hasard et qui n'avait nulle part où aller. A cet instant, jamais corps offert à mes yeux - et ce malgré sa beauté - fut moins sexuel. Il se lava, je lui fis des provisions et puis nous sortîmes dans la rue. C'était le matin. Je pris de l'argent, lui tendis, mais il n'en veut pas, alors je lui glisse dans la poche, il a honte, il détourne les yeux, il est ému, il me regarde, il disparaît dans la bouche du métro. J'espère qu'il n'oubliera pas la leçon de morale que je me suis permis de lui donner quand, nu, il m'est apparu comme ce qu'il était : mon enfant, lui ai-je dit, ne fais pas de choses que tu regretterais, ce n'est pas toi, tu n'es pas heureux d'être... je ne sais pas quel mot sortit alors de ma bouche mais je me souviens bien avoir évité celui de prostitué. Je crois qu'il m'écoutait vraiment, et qu'il était touché par ces paroles que l'alcool, la tristesse et une soudaine tendresse, immense, faisaient jaillir hors de ma bouche, car il me répondit que oui, j'avais raison, et qu'il n'y avait pas pensé aussi nettement mais que, à présent, il en était sûr, il serait mieux au pays, loin de Paris. Au petit matin, je me suis couché nu, je n'avais pas fait l'amour, et je n'étais pas encore capable de jouir de l'ironie de la situation : j'avais payé quelqu'un pour ne pas coucher.

Cet épisode aurait dû me servir de leçon. Le dernier amant de 2007 était un non-amant. Pourtant je suis retombé dans les pièges du passé, sans doute poussé par la force que m'avait donnée T. Cet autre "vieil amant" qui m'avait déçu jadis me recontacta avec ferveur. Alors que nous avions décidé de nous voir aujourd'hui, hier par hasard (mais il y a si peu de hasard), nous nous sommes retrouvés dans le même bar. Toujours avec P., nous avons parlé, rejoué un nouveau trio. C'était Matthieu, P. et moi, à moins que ce ne fut le passé, le présent et moi perdu au milieu. Matthieu est cultivé, brillant, charmant. Je ne peux toutefois pas m'empêcher d'être un peu agacé par ses phrases toutes faites, qu'il a déjà dites et redites, ces anecdotes à n'en plus finir que je connais par cœur. Je fais comme si c'était la première fois, car je suis trop poli, ou un peu con, ou pas assez courageux sans doute. En tout cas, ce qui le sauva, il prononça exactement la même phrase que T. trois semaines plus tôt : "On va chez moi ?" Tout est dans le mélange de certitude, de tyrannie, oserais-je dire, et dans ce petit doute, un point d'interrogation qu'un autre, plus ivre, n'aurait pas entendu, ce point d'interrogation final, traînant, que T. comme Matthieu ont en commun. La phrase magique me fit l'effet d'une révélation et mon corps cessa de se défendre. Seulement, une fois chez lui, je me suis souvenu de qui était Matthieu. Ce n'était pas un très bon amant d'abord, et ça je l'avais vraiment oublié. Il me dit qu'il me veut, il me prend, il me parle, des mots que je trouve un peu ridicules. Finalement le plaisir vient, parce que mon corps est facile et que mon état d'abandon est, comme toujours, total. Mais la déception, plus profonde, qu'il m'avait causée était d'un autre ordre, elle était morale. Non, ce n'est pas un ami fidèle, il ne fait rien brûler en moi et je me dis à ce moment-là qu'il ne m'intéresse d'ailleurs plus comme ami, ce qui est le signe que c'est la dernière fois que nous couchons ensemble - et, espérons-le, que ce sera le déclencheur d'une nouvelle phase de ma vie, où je ne me laisse plus asservir par le désir des autres. Il me demande si je dors ici (nous sommes, pour ainsi dire, voisins), cette seule question signe un arrêt de mort, c'était la porte de sortie que j'attendais. Je me rhabille sans me presser, et lui dit que non je ne dors pas ici, j'ai besoin de dormir et que je n'ai jamais bien dormi avec lui - il ronfle, il colle et surtout il a ce corps si peu rassurant. Il ne comprend pas ce que je veux dire, ou alors si, il comprend et fait semblant - il me dit que non il ne ronfle pas, c'est qu'il était enrhumé les autres fois (il y huit mois). Je pars et marche jusqu'à chez moi. Petite tristesse mêlée de libération. Je pense à ce moment précis que si je n'avais pas été déçu par Adrien, je n'aurais pas couché avec T. et que si je n'avais pas couché avec T., goûter sa tendresse et le temps qui s'était écoulé sans dommages, je n'aurais pas suivi Matthieu. Soudain dans cette rue qui descend vers chez moi je me dis que je n'ai plus besoin de ça, d'appartenir aux autres, qu'on me regarde, de séduire. Leur assentiment ne compte pas. Je pense à mon petit clochard céleste, mon petit clochard italien, à son remerciement sincère quand il est entré dans la bouche de métro. Pour un instant bien court, ce n'est pas lui que j'avais libéré, c'était moi-même. Moi et mon désir d'être aimé, mon désir d'être désiré, moi et ma confusion. Je lui ai donné du matériel, et comme c'était par surprise je ne peux même pas dire que je me suis donné bonne conscience, non ce n'était pas ça, je m'étais libéré des paquets de gâteaux, du trop de sucre. Et c'est bien mon goût du sucre, le problème, du sucre et du piquant, du nouveau et de l'amer, cette façon de ne pas accepter la fadeur, qui est tout sauf un défaut. En lisant Eloge de la fadeur, je m'arrête sur cette phrase : "L'unique vertu est de ne jamais se laisser entraver."

Et c'est ainsi qu'une vie nouvelle commença ?

lundi 17 décembre 2007

désordres


Je suis une des seules personnes parmi mes connaissances (si j'ose dire) a ne pas être sous antidépresseurs et à ne pas avoir de psy. Pour les médicaments, je n'en suis pas encore là puisque je vis très bien mes jours mélancoliques - cela ne m'empêche pas d'agir. Quant au psy, ce blog en tient lieu - si j'y vais, il cessera, c'est évident. D'un autre côté, j'aurais du mal à ne pas cacher mon plaisir à raconter ma vie sexuelle et un bon psy mettrait immédiatement fin à ma thérapie - et je mépriserais un mauvais. J'ai besoin du récit. J'ai besoin d'ordre aussi. Et là je ne m'en sens pas du tout ordonné.

A. dort chez moi, sans moi, depuis plusieurs jours, et m'a dit ce matin, après m'avoir embrassé et avant de partir : c'est drôle, on dirait des amoureux. Nous jouons, il le sait, je le sais, mais je n'avais peut-être pas envie qu'il dénigre ainsi la part de vérité tapie dans le jeu.

Voilà six mois que je suis attiré par un stagiaire que je me suis interdit de draguer (il fait mes fiches de paie !). Son regard torve et intelligent, sa démarche sensuelle, son postérieur bombé, ses épaules solides, sa voix mielleuse... Il part dans quelques semaines pour les Etats-Unis et je veux tenter une opération désespérée avant de le laisser se volatiliser.

O., mon sublime amant catalan, est à Paris, mais je ne peux pas coucher avec lui puisque A. n'a plus de toit et qu'il dort chez moi (je suis sûr que ça ne gênerait pas A. mais bon je suis encore entier dans ma polygamie). Il faut donc que j'explique à O qui se faisait un plaisir de profiter de mon lit que je veux le voir mais pas comme ça.

Et ma tentation hétérosexuelle monte de plus en plus.

Et j'aimerais tant être fidèle à Y.

Non, vraiment, il faut mettre de l'ordre dans tout ça.

jeudi 13 décembre 2007

l'éternel retour


J'attends un appel de A. qui ne vient pas. C'est terrible l'attente, elle fait imaginer de petites fictions. Je me languis de lui, j'imagine les mots d'amour que je n'ai jamais encore prononcés, ceux que j'inventerais pour lui, s'il était là. Mais il n'est pas là. Alors j'attends, et j'envoie un message à l'un, un message à l'autre : qui sait, une nécessité extérieure me sauvera-elle, peut-être ?

Le vide d'un grand travail achevé me laisse, comme à chaque fois, démuni. C'est toujours dans ces moments-là que je souffre le plus, et rencontrer quelqu'un est alors un danger. J'attends. J'attends trop et trop vite. Je veux que ça brûle, que nous échangions des messages lyriques et nos corps amoureux. A. a passé trois jours chez moi. Nous avons beaucoup parlé, beaucoup fait l'amour : pourquoi ne voudrait-il pas revenir vers moi ? Il me l'aurait dit, je l'aurais senti. Bien sûr, il a peur des relations, mais il sait aussi que je ne suis pas seul, et cela le protège.

Hier, j'ai attendu son message toute la journée. A quinze heures, n'en pouvant plus, je me suis couché au bord des larmes. La fatigue et l'incertitude me sont fatales. Comme je ne veux pas tout gâcher, je ne le noie pas sous les messages, attends toujours que cela vienne de lui. Mais là, non, j'ai fait la bêtise de lui envoyer un message, alors j'attends.

Et je pense.

Je pense à la première fois que nous nous sommes vus, à mon anniversaire. Je pense à ce qu'il a dit à notre ami commun qu'il avait accompagné - qu'il me trouvait très mignon - et cela me rassure - je lui ai plu, je dois lui plaire encore. Je pense aux semaines qui ont suivi, à la joie que nous avons eue de nous revoir, dans ce bar familier. Je pense à ce baiser fougueux au milieu du bar, sous les yeux de spectateurs médusés, à ce verre que j'ai fait tombé en l'embrassant trop fort, qui s'est brisé au sol, à la première nuit quand je pouvais terminer ses phrases, aux points de suspension, à la douceur de sa voix, je pense à sa voix encore, j'aimerais lui laisser un message pour l'entendre, mais non, je pense à son corps, trop maigre, au désir que j'ai encore dans ma chair de le toucher, de le caresser, de le faire jouir. Je pense à tout cela, mais je devrais dire : malgré moi, car ce sont des pensées qui sont en moi, en lutte, et non moi qui pense. Je brûle. Et je n'attends qu'une seule chose : qu'il soit là pour me regarder brûler pour lui...

mercredi 5 décembre 2007

cauchemars


Il ne me reste que des bribes, des bribes et du noir.

Voilà trois jours que je dors mal. Mon dos souffre, se cale dans un trou, au coin d'une bosse, et puis je ferme les yeux. Je vois des lieux sombres. Mais je ne dors pas vraiment. Je suis éveillé. Je vois du noir encore. Je sens des corps humides et sales. Sexuels. Alors je me réveille à nouveau, à moitié, et je jouis. La chaleur étouffante de la chambre close, le bruit d'une goutte qui n'en finit pas de tomber dans la cuisine, je me tourne et je jouis. Face au vide du plafond. Je dors peut-être un peu, humide, et l'enfer recommence, je me réveille, et je jouis encore - comme toutes les heures de toutes les nuits. Sans doute sont à blâmer une lecture forcée - une sombre histoire de viol - et la trop grande liberté que me donne un lourd travail enfin achevé, un certain laisser-aller qui me voit passer beaucoup trop de temps à feuilleter les fantasmes et les corps de garçons inconnus - virtuellement du moins. Mon empathie, si souvent flattée, est aussi une prison, un lit sans fond dans lequel je me perds : trop obscurs garçons aux fantasmes malades, trop tristes heures, chair rance, regards torves, lumière sale, et ce bruit, ce silence pesant comme avant le vomissement.

La noirceur de ces fantasmes a si peu à voir avec mes espoirs éveillés. Il est 17h, c'est déjà la nuit, et je ne rêve que d'une chose, d'un regard, celui d'un garçon inconnu par exemple, un garçon qui m'aime et me comprend. Un regard doux comme des paupières qui se ferment.

lundi 3 décembre 2007

la nuit qui ne m'appartenait plus


Rencontrer quelqu'un, c'est toujours dans un lieu et un temps donnés. Ainsi je préfère voir certains amis en été, d'autres en hiver, certains chez moi, d'autres dans les bars. Il y aurait quelque chose d'incongru et de déplacé à voir untel ici plutôt que là... Et puis il y a les amours. Aimer quelqu'un dans une bulle close sur elle-même loin de tout, combien cela est facile. L'aimer partout et en tout temps demande un peu plus d'abnégation.

C'est ainsi que Ben, mon amant australien, est venu chez moi passer quelques jours. Il y a dans sa présence outrancière quelque chose qui violente infiniment mes habitudes de garçon rangé. Je déteste ça, j'adore ça. Il est souvent maladroit, parfois sale, et toujours d'une tendresse un peu étouffante - P. le compare très justement à un gros chien. Quand nous sommes sortis du cinéma ce jour-là, il m'en voulait déjà parce qu'il savait que j'avais aimé "le plus mauvais film du monde" selon lui. C'était faux, je ne l'avais pas aimé, ce film, mais devant son insistance un peu puérile à dire que Wong Kar-wai n'était pas un artiste ("In Australia, he's like a François Ozon"), et aussi parce qu'il avait soupiré très fort pendant le film (extraits de la dispute qui s'ensuivit : "Le cinéma pour moi, c'est comme aller à l'église, la lumière s'éteint et on regarde l'écran blanc : c'est sacré", "Yes but it was the biggest shit I have ever seen, nobody can like it" "Toute la salle n'a pas forcément envie d'avoir tes commentaires, ils viennent pour le film pas pour toi"), devant son insistance donc, je n'ai pas nié et l'ai laissé croire que oui, je l'avais aimé, puis j'ai choisi de dévier la conversation pour ne pas avoir à me justifier face à quelqu'un qui, à ce moment-là, fuyait toute dialectique. Il a naturellement baissé son visage (la position autruche à laquelle je sais désormais ne plus répondre). Et puis nous sommes allés boire des verres avec P. et nous n'avons plus parlé de My Blueberry nights. J'étais juste un peu triste parce que WKW s'était perdu aux Etats-Unis et que je ne pouvais en parler à personne.

Notre relation avait changé quelques jours plus tôt. Tout s'était cristallisé autour du sexe. La première soirée, nous avions fait l'amour deux fois, enfin faire l'amour, c'est vite dit et voilà bien le problème : en me regardant, en me touchant, il m'aimait, mais dès que nos sexes étaient découverts, je n'étais plus qu'une chair triste entre ses mains. Le prendre, me faisait mal. Me faire prendre, me faisait mal. Tout était douleur. Plus tard, il s'est couché et j'ai regardé ses mails laissés ouverts sur mon ordinateur. Il y avait quelques messages pornographiques sur un site de choix. Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai tout lu, tout effacé et suis allé me coucher le plus loin possible de son corps souillé. Ses gestes de tendresse me répugnaient, ses mots mielleux, ses baisers salés, tout... Je n'ai pas dormi cette nuit-là. Au réveil, je lui ai tout avoué, ainsi que nous ne coucherions plus jamais ensemble, qu'il m'avait "baisé", trahi, sali, et qu'après ses plus de 1000 amants, ses expériences dans la drogue, il était incapable d'aimer quelqu'un sexuellement - j'en avais encore mal aux entrailles. Il a beaucoup pleuré, il s'est excusé profondément, a supprimé son profil sur le site en question et a fait un voeu de chasteté - car il ne fait jamais les choses à moitié. Peu à peu, je me suis laissé reconquérir, et nous nous sommes embrassés bien des fois durant les jours qui ont suivi. Il a répété des serments d'amour, un amour redevenu pur et neuf, où le désir était présent, mais sa réalisation absente. Ironiquement, nous étions revenus à l'état des personnages de Wong Kar-wai, à se désirer de loin, et à s'aimer dans des circonvolutions tel le partage de la nourriture. S'il avait été capable d'écouter après le film, voilà ce que je lui aurais dit : même un mauvais film de Wong Kar-wai me touche davantage qu'un film plutôt correct de tous ces réalisateurs interchangeables qui tombent toutes les semaines sur les écrans... Heureusement, cette semaine-là, il y avait aussi le film de James Gray, comme pour me consoler. Il portait le doux titre de La Nuit nous appartient.

jeudi 22 novembre 2007

l'inchangé


Cette nuit, j'ai rêvé qu'il n'y avait personne à mon anniversaire.

Les années passent et je suis toujours ce petit garçon qui compte le nombre de personnes qui pensent à lui en ce jour inutile, et qui espère que chaque année il y ait les mêmes, et qu'il y en ait davantage. Je compte les absents - à l'autre bout du monde, disparus - et je m'aperçois que ma vie est pleine de trous et que j'aime cet appel d'air, cette attente, ces possibles, ces en-devenir... Et puis il y a ceux qui sont là, les fidèles, et j'ai la soudaine impression que j'ai trois, quatre... dix jambes, que chacun, à sa manière bien à lui, me tient debout, et je me sens solide de ces amours-là. Est-ce cela devenir un homme, être assez solide pour toujours tenir debout ?

lundi 19 novembre 2007

l'homosexualité n'est pas toujours un sport de combat


Il m'arrive si souvent d'avoir l'impression d'être à la fois acteur et spectateur. Comme dans un rêve en somme, sauf que c'est ma vie et que je me vois d'en haut - exactement comme Tim Roth dédoublé dans le nouveau film de Coppola (Youth without youth)... Je vis des expériences que je qualifierai de sociologiques avec une distance étrange. Je me suis toujours senti loin d'une certaine idée militante de l'homosexualité, parce que chaque pierre sur le chemin a été recouverte de mousse, rendue trop glissante, oubliable, friable, pour que je puisse un instant me sentir un homosexuel parmi une entité plutôt que moi-même vivant une expérience émotionnelle.

La première expérience où j'ai eu néanmoins l'impression de gagner mes gallons dans une sociologie de l'homosexualité, c'est ma première nuit d'amour. Ce fut un rendez-vous manqué avec la sociologie, pas avec l'amour. On dit souvent que la première fois lance la vie sentimentale sur des rails, et qu'elle identifie ce que sera majoritairement la façon d'aimer de quelqu'un. Le garçon en question, 19 ans comme moi, était mon meilleur ami, mon premier amour et j'étais son premier amour, son meilleur ami. Au réveil, timoré, il me dit : "Cela ne veut pas dire que nous sommes homosexuels". Dans ma tête, je riais, j'étais si heureux, et je lui ai répondu fièrement : "Parle pour toi". Cette joie de l'amour et du sexe ne m'a pas quitté et m'a ôté toute culpabilité.

La seconde expérience sociologique ne fut pas davantage un drame. Ce fut mon "coming-out" à mon petit frère. Il y avait quelque chose de violent dans l'idée de lui dire que son grand frère, celui qu'il chérissait, était homosexuel. J'ai donc attendu, par peur sans doute, par pudeur aussi, qu'il ait une copine, qu'il ait 18 ans, qu'il soit libre. Début juillet, nous deux seuls au milieu d'une plage grise, face à la mer infinie... Je me suis vu assez nettement me regarder vivre cette scène, d'en haut encore, et avec une certaine jubilation : vas-y, fais-le, dis-lui, me disais-je à moi-même... Et je souriais en me disant : Tu es en train de vivre une vraie expérience sociologique, un truc qui a un nom, une couleur, une dramaturgie - le coming-out. Sauf que non, il n'y avait pas vraiment de dramaturgie, juste un coup d'épée dans l'eau : il s'en doutait, et s'en foutait. Il a dû être tout de même flatté d'avoir la primeur de la révélation - qui prit donc plutôt l'apparence d'une non-révélation.

La troisième expérience date d'il y a une semaine. Là encore, je me suis détaché de moi-même et me suis vu petit, comme parmi une masse en train de vivre "l'Expérience". Ce fut le coming-out aux parents. Il y 11 ans, lors des dernières vacances avec ma famille, ma mère a lâché une phrase qui m'a hanté des nuits entières : "Il n'y a rien de pire que d'avoir un fils prêtre à part avoir un fils homosexuel". J'étais encore peu sûr de moi (et vierge) alors, mais cette phrase me glaça le sang et me fit toujours redouté l'instant fatal où il faudrait : dire. J'ai joui pendant près de 10 ans d'une sorte de double vie qui me convenait un peu trop bien. Jusqu'à ce dimanche, réunion familiale oblige, où ma mère m'a enfermé dans sa chambre pour se rapprocher tout près et me dire : "J'ai dit une phrase horrible il y a quelques années (et de me citer la fameuse phrase), je l'ai immédiatement regrettée, ton père m'a même engueulé plus tard, et c'est peut-être cette phrase qui t'empêche aujourd'hui de faire ton coming-out". Ce mot m'écorcha les oreilles. Venir de sa bouche, de la bouche de ma propre mère, ma mère adorée et haïe. C'était au fond l'invitation que j'attendais depuis des années. Je ne me fis pas prier. Le moi sociologue qui me regardait d'en haut était en train de ricaner de l'ironie de la situation : de coming-out, il n'y en eut pas, il me fut, une fois encore, volé... Même pas une larme, tout juste un discret mouvement de bras de mon père sur mon épaule, mon père qui était derrière et qui écoutait sans rien dire. Plus tard, je pus tout juste lire à table une mélancolie nouvelle dans son regard, des silences, une absence. Plus tard encore, je voulus jouer une vraie révélation dans la voiture avec mon autre frère. Je me dédoublai de l'autre côté du pare-brise pour contempler sa réaction : il avait "acheté" l'information à notre petit frère il y a deux ans déjà, ayant de fort doutes. Bon.

Le petit ange sarcastique riait bien en me voyant sur le quai en route vers chez moi, inchangé après des années de silence angoissé. Il n'y avait plus de secret, plus de jeu à jouer. Et il pouvait partir rejoindre le néant, fier d'avoir été aussi inutile. Pour mon anniversaire, j'ai tout de même demandé à ma mère, un rideau. Rouge, bien sûr.

lundi 5 novembre 2007

le recul du monde


Cette chose étrange parfois de vivre la vie là où elle est comme la seule possible.

Il y a deux semaines, j'avais secrètement peur de partir si longtemps, certes pas si loin du petit monde parisien que j'ai pierre à pierre bâti, mais tout de même ailleurs, isolé, comme en exergue. Peu à peu, le téléphone s'est éteint, le rythme automnal des jours au bord de la seine a teinté mes journées d'une mélancolie nouvelle, et j'ai oublié la vie d'avant avec une facilité déconcertante. Ce lieu, ce temps est devenu ma vie... Peut-être est-ce dû à une rencontre en particulier, car s'il y a l'ensemble des rencontres d'une vie, il y en a quelques unes à part, impossibles, innommables qui nous enlèvent à la vie elle-même. Oui, c'est cela, pendant deux semaines, j'ai été enlevé.

J'entre dans cette grande pièce boisée. Il y a un jeune homme qui me salue dans une langue étrangère. Il est australien. Il est grand, blond, presque chauve, les yeux bleus, il a 30 ans, et il me sourit. Je m'attendais à rencontrer quelqu'un d'autre, mais c'est lui qui est là. Les mots sortent de ma bouche et, à ma grande surprise, pour la première fois peut-être, mon anglais hésitant forme des phrases, de vraies phrases tel que j'aurais pu les penser en français. Il me propose très vite de faire le tour de la propriété. C'est très gentil de sa part, voilà ce que je me dis. Je me dis aussi que je ne vais pas m'ennuyer, que les gens ont l'air particulièrement gentil dans ce no man's land dédié à compter les jours qui passent. Nous nous retrouvons dans une chambre de verre au beau milieu de la forêt. Il me regarde. Son regard me brûle, me tue et me ressuscite en un battement. Pour la première fois, je pense que je lui plais et que sa gentillesse n'est pas tout à fait (et si j'ose dire) gratuite. Et puis, le vrai regard, celui qu'on rend : je le regarde dans les yeux et le temps s'arrête. Nous reproduirons bien des fois ce regard droit, frontal, à la dramaturgie parfaite : au début nous sourions, nous nous disons avec les yeux à quel point nous voulons nous embrasser, et puis nous essayons de percer l'âme de l'autre, et la sensation est si forte et si partagée que nous sommes au bord de pleurer, tous les deux, en même temps, et enfin vient mon moment préféré, celui où nous n'avons peur de rien, où nous ravalons nos larmes en souriant, en fixant l'autre fièrement comme pour lui dire : regarde la force de mon amour.

Dans la pièce même où nous nous sommes rencontrés, il m'écrira des messages. Chacun est devant le mur de son ordinateur, nous faisons en sorte de ne pas nous regarder, je ne suis pourtant qu'à deux mètres de lui, des ombres passent, nous échangeons des mots au bord d'être érotiques pendant des heures, et je dois cacher les effets d'une sensualité qui n'en finit pas de s'ébaucher, la rougeur sur mon front, un frémissement de mes lèvres, un sourire trop transparent qui veut s'échapper et que je retiens... Ainsi côte à côte, nous reportons sans cesse le moment du premier baiser. Il doit arriver, ce moment, nous le savons bien, et nous prenons un malin plaisir à faire durer cette attente toute la journée. C'est dans la cuisine, au moment de mettre le plat au four, qu'il s'approchera de moi après s'être cogné la tête (il est vraiment grand), et que nous nous embrasserons.

Combien peut durer le temps d'un baiser ? Il me semble que ce baiser a duré deux semaines. Aujourd'hui, envolées les deux semaines, mes lèvres sont sèches. Ce n'est pas rien pourtant deux semaines. C'est ce que je me répète, on ne peut pas se tromper deux semaines. Deux jours, oui, on peut aimer quelqu'un par erreur pendant deux jours, mais pas pendant deux semaines...

Définitivement, il n'est pas du tout mon genre : je n'aime particulièrement ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus, ni les gens trop grands... Son corps maladroit le rend comique. Il rit trop fort. Il sent trop fort. Alors, quoi, je ne sais pas... Ce qui peut nous attirer vers quelqu'un, et qui nous dépasse... Peut-être est-ce son léger strabisme, car c'est quand il me regarde de face que je deviens fou, complètement fou.

Curieusement, je me suis détaché de l'idée même d'avoir des amants de retour à Paris. Par une sorte de fidélité absurde, donc belle. Curieusement, car l'amour physique n'était pas si important. Il y a certains jours où nos corps ne se sont pas rencontrés, ou tout juste effleurés - nous nous retrouvions au fond de la cabane, dans une chambre la nuit, nous prenions plaisir à recommencer des actes sexuels que nous ne finissions pas toujours. L'embrasser plutôt que jouir. Le sentir plutôt que le prendre. Pendant ces deux semaines, troublé par cette relation, lui qui n'est plus habitué à aimer, il ne bandait pas. Il était excité, il me faisait jouir - mais seul. Après quelques jours, peu à peu, je sentais son sexe renaitre dans ma main, dans ma bouche, mais il ne jouissait toujours pas. Peut-être était-ce l'ordinateur sur ses genoux, le fait d'être loin de chez lui, ou cette relation qui le dépassait visiblement... Ce long (ré)apprentissage du plaisir mit exactement deux semaines : c'est le dernier jour, avant mon départ, qu'il a joui pour la première fois, sexe contre sexe. J'aime à voir dans cette image dont on me pardonnera la crudité un passage de force vitale. Au moment de partir, j'avais réussi à faire de lui un amoureux et un amant. Il était lui-même, puissant et prêt à affronter mon absence. Juste avant mon départ, nous nous sommes retrouvés dans une chambre vide, juste pour nous regarder et nous serrer. Nous avons décidé de ne pas pleurer. Après tout, dans une semaine, nous nous retrouverions pour quelques jours volés au temps qui passe...

De retour dans les bras de mon mari, je suis surpris que cet amour neuf n'ait pas entravé ma passion officielle. Au contraire, je suis comme un mur, un mur fissuré en deux. Un jour, il faudra peut-être que je choisisse, partir ailleurs avec l'un, rester ici avec l'autre. Pour l'instant, les deux parties du mur se soutiennent... Je sens la vie qui coule dans mes veines et je pourrais en mourir de vouloir gouter l'éternité et avec l'un et avec l'autre. Mais pour l'instant je vais atrocement bien... être avec l'un, attendre l'autre, tout me rend heureux...

En attendant que je m'effrite ?