mardi 26 juin 2007

contre les garçons


Pourquoi s'infliger cette terrible déception ? Pourquoi avoir voulu y croire ? Se voir un dimanche soir au milieu d'une foule, attendre qu'il soit libre, le regarder se perdre et me perdre. Il revient, nous partons, une heure ensemble avant son prochain rendez-vous. Il trouve que mon sourire est ironique. Il ne m'avait donc jamais vraiment regardé. Il me trouve dur, il ne m'a jamais vraiment écouté, et s'il savait comme je suis gentil et comme je me retiens... Alors oui, je souris, encore, ironique. Sur le chemin du retour, je suis au bord de pleurer, je rentre tristement et je lui en veux de cette tristesse inutile. Pourtant, cette semaine, en son absence, je l'ai oublié. Oui, oublié, le doux M. J'ai même passé d'idylliques moments avec Y., toujours si désirant et bon amant au moment où il sent que mon coeur pourrait basculer ailleurs (mais jamais totalement).

Pourquoi aimer M. alors qu'il ne sera de toute évidence jamais à la hauteur - un demi-mondain qui s'habille comme un adolescent et envoie des textos en langage codé ? Et puis merde, qu'est-ce qu'ils ont tous à être lâches, les garçons ? Est-ce programmer pour décevoir, un garçon ? Pourtant, avec lui, je n'ai pas été pénible, je ne lui ai pas couru après, je ne l'ai pas abreuvé de gentils messages et je n'ai pas attendu qu'il revienne, enfin si j'ai attendu mais sagement... C'est lui qui m'a dragué, qui est venu me chercher, qui m'a embrassé, qui a voulu m'emmener chez lui, c'est lui qui n'a pas cessé de me faire des promesses - auxquelles je n'ai heureusement pas cru - et c'est lui qui m'a fait donné ce rendez-vous hier, qu'il a de nouveau annulé... Alors quoi ? S'il ne m'aime pas, pourquoi ne pas me le dire ? Pourquoi fuir ? Ai-je seulement envie de recoucher avec lui ? N'est-il pas déjà un ami pour moi ? Moi qui voulais en faire un frère... Comme il est lâche ! Et je revois en lui ces garçons qui passent et qu'on oublie, et je ne veux pas oublier...

Et pourtant. Toujours. J'aime le corps des garçons, le sexe, le cou, les fesses, les lèvres, les cuisses, le bas du dos, les épaules, l'odeur, la voix, la poitrine, la démarche, la barbe, les mains, la nuque, le sourire, le front, le ventre, les pieds... J'aime les garçons, mais que diable, un peu de fougue, de lyrisme, de folie, de tendresse, et surtout, surtout, pour que je puisse continuer à les aimer longtemps: de noblesse !

vendredi 15 juin 2007

tristesse du soir qui tombe


Je suis allé, comme un idiot, sur le lieu de travail de M. qui ne m'avait pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours malgré notre rendez-vous malencontreusement fixé à aujourd'hui ou bien demain (terrible erreur que cet incertain "ou bien"). J'avais assez à faire dans le quartier pour ne pas manquer sa sortie. Je me suis installé à un café à l'angle avec une amie, amusée par mes regards qui passaient par-dessus son épaule. J'étais fébrile, mes ganglions au fond de la gorge semblaient s'être réveillés. Finalement, elle partit et j'attendis encore un peu, hésitant entre un cinéma et une attente ridicule et peut-être même stérile. Je m'étais presque décidé pour le cinéma quand je le vis, peut-être. Peut-être car je vis sortir de son bureau un jeune homme qui aurait pu être lui. Je remarquais essentiellement ses baskets d'un jaune poussin que je pouvais suivre aisément du regard. L'émotion avait embué mes yeux d'un barrage de flou. C'était cette heure d'un jour gris, à la fois trop sombre et trop lumineuse, pendant laquelle, malgré mes corrections, j'étais proprement aveugle. J'ai pu, tout de même, suivre les baskets jaunes qui s'arrêtèrent pour parler avec des talons hauts. M'a-t-il vu ? Il était presque tourné vers moi - il aurait dû me voir. Mais je ne crois pas non. J'étais bien habillé pour faire plus vieux - pour lui plaire - et de loin il ne pouvait imaginer que ce jeune homme qui faisait semblant d'être au téléphone était celui-là même avec qui il partagageait (?) une amitié amoureuse (??). Et était-ce seulement lui ? Si je suis si peu sûr de son identité alors que je l'attendais comment aurait-il pu me reconnaître sans s'attendre à me voir ?

Un ami qui allait voir le même film me sortit de mes interrogations douloureuses. Celui-là même qui m'avait écrit une lettre il y a quelques jours. L'ironie de la situation ne m'échappa pas : je restais avec celui qui me désirait tout en regardant partir celui que je désirais. Mon ami étant plutôt en forme et le film d'un noir et blanc sublime, mes pensées s'apaisèrent, s'éloignant peu à peu de leur objet douloureux. Pourtant, lorsque deux heures plus tard, je sortis du métro et qu'il faisait presque nuit mais encore jour, la douceur soudaine du temps, la beauté de la lumière me donnèrent envie de pleurer. Je pensais à M. qui m'abandonnait et à la cruauté du temps qui passe : bien sûr, je l'oublierai, mais c'est justement cela que je ne voulais pas. Je voulais encore penser à lui, le trouver beau et intelligent, généreux et amical, sensuel et attentionné. Avec lui, je voulais d'un sentiment moins fort peut-être, mais tellement plus durable...

mercredi 13 juin 2007

de la douleur d'etre désiré


"Depuis des mois, mon désir pour toi montait sans cesse, et en mars j'ai vraiment cru que nous étions au bord de manifester l'un pour l'autre de la tendresse physique. (...) J'ai vraiment cru - ris si tu veux - qu'il y avait de ta part un assentiment."

Voilà un extrait d'une lettre que m'a envoyée un ami vieux de 10 ans, et que je considérais comme ma relation la plus pure, la plus éloignée de l'idée même de désir. Comment dire à quelqu'un que le désir est pour moi une façon d'aborder les gens et qu'il n'est jamais venu après ? Comment dire à quelqu'un que la relation qu'il a fantasmée n'exite pas, et que pour moi il n'y a jamais eu l'ombre d'un doute ? ô combien je préfère désirer qu'être désiré, combien ce mouvement infini vers l'autre me convient, et pas son envers...

dimanche 10 juin 2007

flux et reflux


Dans un élan soudain, j'ai supprimé tous mes profils des sites gay - au nombre de trois quand même. Trop banale hystérie homosexuelle sans doute, et pourtant ce geste n'était pas causé par une colère mais plutôt par l'ennui. Le rêve que je projetais dans ces rencontres imaginaires n'est plus. Mes messages sont devenus de plus en plus parodiques, mon coeur de moins en moins battant. Il ne me restait qu'à partir. Mes nombreuses rencontres récentes y sont pour beaucoup. Le destin, malin, comme à chaque fois que je renonce à conquérir, met devant mes yeux (et dans mes pattes) les garçons les plus charmants et les plus intéressants. Mais comment avoir envie de rencontrer toujours plus de garçons quand on n'arrive pas à profiter de ceux qu'on a ? Une fois pour toutes, j'aime vivre chaque rencontre pleinement, comme une vie entière à elle toute seule.

Quelques retours. Un message de Max, un autre de mon cher et sensuel Catalan, J. enfin qui revient bien décidé à jouer avec le feu. A., auquel j'avais renoncé, s'est invité chez moi, organisant nos retrouvailles en grande pompe. Pourtant, en préparant mon premier boeuf stroganoff - qui s'est avéré délicieux - ce n'était pas à lui que je pensais mais à cet autre garçon qui m'avait bouleversé quelques jours plus tôt et que je regrettais de ne pas voir ce soir-là, n'ayant osé annuler le dîner qu'A. attendait avec impatience... J'ai donc revêtu mon teint le plus amical pour l'accueillir. Après dîner, il a tenu à regarder un film que je connaissais par coeur pour que je puisse m'endormir sur son épaule - désormais un rituel. Variante : il s'était cette fois-ci mis torse nu, si bien que je sentais intensément son parfum ambré, et m'étalais sur sa peau douce avec une ferveur retrouvée. Surpris par sa sensualité nouvelle, je me suis laissé aller pendant la nuit à trouver son contact agréable, voire irrésistible. Je tenais toutefois le bas de mon corps à une distance réglementaire afin qu'il ne sentisse pas les effets de sa peau sur la mienne. Puis par provocation, d'un coup, je me suis collé à lui. Au lieu de me rejeter, il s'est soudain retourné, si près... Mes lèvres au bord des siennes n'ont connu aucun barrage. Et nous nous embrassâmes, et nous nous collèrent, et nous nous caressèrent, et pourtant lorsque je mis ma main sur son caleçon qui tenait son sexe généreux, il s'éloigna. Ce fut alors un jeu de touche-moi, ne me touche pas, dont lui seul et les adolescents de 15 ans ont encore le secret. Plus tard, il me glissa à l'oreille : il ne faut pas, j'ai trop peur de tomber amoureux. Son excuse, romantique, combla mes attentes, et je fus même presque content de renoncer à un corps pourtant si désiré il y a encore quelques semaines. De cette esquisse d'acte d'amour, je tire finalement plus de satisfactions que de frustration : 1. la beauté d'un instant non vécu est inégalable, 2. j'ai pu rassurer P. admirateur de la beauté d'A. et qui, perfide, me disait qu'il n'osait pas coucher avec moi car il avait un problème sexuel (il bande et n'a pas un micro-pénis), 3. A. a avoué qu'il me désirait ("J'en ai autant envie que toi..."), mon orgueil est donc sauf, 4. je n'étais pas si frustré parce que je venais de rencontrer M. et que j'ai vécu ce non-acte comme une fidélité précoce (car oui, j'aime être fidèle à mes amants, à ma manière).

Deux jours plus tard, je vivais donc ma soirée avec M. Il y a des gens qu'on connaît à peine et avec qui on est immédiatement bien. La simple présence de M., sa voix, son regard, me calment. Avec lui, je ne suis même pas séducteur, je le regarde et l'écoute comme un enfant admirant son grand frère. Oui, c'est cela, il est le grand frère dont j'ai toujours rêvé (le sexe en plus). Après un verre et un dîner entrecoupés de promenades dans le 18e, juste après l'amour, il me montra la fin de "Simone Barbès ou la vertu" et je sus que je l'aimerais vraiment beaucoup. Ironiquement, Simone ne couchait pas avec son client mais parlait dans une voiture qui traversait la nuit. J'avais très envie de partir avec lui à cet instant. N'importe où, mais avec lui. Notre deuxième nuit fut marquée par le choix d'un film au titre éloquent : le beau "Veillée d'amour" ("When tomorrow comes"). Ironique aussi parce que c'était cette fois mon tour de servir d'épaule à mon amant endormi. Perturbé par ma patience et aussi parce que je suis son premier homme plus jeune, M. a décidé il y a quelques jours de retrouver son vieil amant marié avec qui rien ne va plus - puis sa solitude. Loin de le prendre pour un revers, j'en profite pour moi aussi regagner mes quartiers : Y., chez moi, mes amis... Je revis lentement et ai envie de lui dire qu'avec lui je suis d'accord pour tout : je veux bien être son amant, son fils, son père, son frère, son mari, son ami, tant que ses yeux ne se départissent pas de leur tendresse et de leur éclat quand ils se tournent ainsi lentement vers moi...

mardi 5 juin 2007

dialectique amoureuse


"Oui. Salut c'est M.
Bah, écoute euh euh... juste euh... quelques petits trucs, une bonne soirée, t'embrasser. Bon, je vais aller voir des films à la cinémathèque donc je vais pas être très très joignable.
Et bah, écoute, rien de particulier euh... je pensais à cette jolie soirée un peu décalée, un peu... Voilà. Avec beaucoup de plaisir et et... tac tac tac...
Et ben écoute, on se rappelle... C'est toujours pareil, j'ai des semaines qui se chargent à vue d'oeil entre le boulot, les amis que je dois voir, mais ça me ferait plaisir de te voir, de se retrouver, si tu veux, un de ces... un de ces quatre...
Bon, bah, sinon je t'embrasse, à bientôt..."

jeudi 31 mai 2007

pas sur la bouche


Nous ne le savons pas encore mais tout se passera dans la chambre. Première soirée depuis mon retour de Cannes, je suis fatigué, mal à l'aise - ces inconnus qui se connaissent si bien entre eux. Je me réfugie d'abord dans la cuisine, vite envahie, et puis dans la chambre des manteaux, un îlot préservé. Après quelques discussions plus intimes avec trois, quatre personnes, il reste avec moi, seul. On aurait pu se croiser mille fois, mais non, ce soir, c'est la première fois.

Une heure passe, des manteaux repris, d'autres déposés. Tout est flou sauf son sourire malin. Je suis dans le noir et je me laisse guider par sa voix, par la lueur de son regard posé sur moi.

Plus tard, de retour parmi la foule, j'ai bu et tout est plus facile. Je parle avec un groupe, lui avec un autre plus loin, mais il me tient toujours par le fil de son regard. Il doit partir. Je l'accompagne dans la chambre, manière si transparente de lui céder. Nous nous regardons, il demande mon numéro, il m'embrasse sur la joue, il hésite à partir, il m'embrasse à nouveau la joue - mais si près des lèvres -, il doit partir, son regard me brûle - je souris de ce feu enfin ravivé. Va-t'en, va-t'en, je n'ose pas ajouter : avant qu'il soit trop tard. Mais peut-être l'entend-il puiqu'il m'arrache un baiser - du bout des lèvres. Après son départ, son sourire reste accroché sur le mien. Oh oui, pars, pars, que je puisse t'aimer encore longtemps.

samedi 26 mai 2007

à la surface


Train, hôtel, film, foule, alcool, film, sortir, villa, plage, petit matin, marcher, courir, bus, film, manger, film, dormir, alcool, etc. Flou, grand flou. Un îlot perdu loin de la linéarité de la vie parisienne, le temps volé au temps lui-même pour ces quelques jours à Cannes - 9 jours, une éternité. Se nourrir de champagne, souvent. Minauder bien sûr beaucoup. Fatigue, grande fatigue. La foule mercantile, la vulgarité du Sud et du monde entier dans une seule salle, une agression. Heureusement, j'aurais croisé pas mal d'amis et vu quelques beaux films.

Se souvenir.

Les scènes de sexe incroyablement drôles d'un film venu de Singapour (Pleasure factory).
La beauté de Lumière silencieuse de Reygadas. La caméra s'approche des visages et ressuscite les morts (premier plan : le lever du soleil en 7 minutes).
Le noir et banc du virtuose Homme de Londres de Béla Tarr.
Le grain, la caméra à l'affût des émotions sur le visage d'un enfant sans père dans le Tehilim de Nadjari.
La grâce du montage du nouveau Gus Van Sant (Paranoïd park) et ce plan sur les cheveux d'un adolescent coupable qui illuminent littéralement le spectateur - ou comment la psychologie est montrée de façon purement minérale.
L'émotion d'un James Gray, qui semble, comme tous ses films, écrit pour moi (We Own the night) : un polar sublimée en tragédie grecque, un film d'amour entre frères.

mercredi 16 mai 2007

la naissance des dieux


Nous marchons côte à côte pour la première fois. Il parle beaucoup. Il ne me regarde pas vraiment. Moi non plus.

Dans ce café près de Beaubourg, nous nous asseyons face à face. D'un coup, son regard, marron et profond. Je m'y noie. Au lieu de le trouver charmant, pour la première fois, je le trouve beau, d'une beauté inouïe.

Nous nous séparons pour la première fois. Gênés, nous ne savons pas faire. Il me regarde, je baisse les yeux - va-t-il me proposer un dîner, de le suivre ? Je le regarde, il baisse les yeux - vais-je lui proposer de dîner, de me suivre ? Nous partons, lentement, en nous retournant, en nous souriant, en ne nous disant rien, et puis si, il faut se revoir vite, parce qu'il est Catalan et qu'il rentre chez lui dans trois jours. Nous esquissons un "à demain" qui résonne tendrement. Comme une promesse.

Téméraire, je l'invite cette fois à dîner chez moi. J'ai honte, je sens qu'il pourrait se passer quelque chose, j'essaie de trouver un chaperon, sans succès. C'est que je tiens à ma fidélité nouvelle. Que seraient ces deux mois d'abstinence durement conquise, ces deux mois de refus de séduire et de se donner ? Je suis toujours effrayé devant l'absence de nécessité. J'ai l'impression que je pourrais coucher avec lui, ou pas. Alors je ne veux pas. Mais il me plaît.

Il entre chez moi. Il furète partout, sort les livres, les DVD, en déduit que j'aime Fassbinder - il en a vu un. Je me rappelle alors cette conversation avec P. qui me parlait d'un garçon qui me "plairait à mort mais qui n'a sans doute jamais entendu le nom de Fassbinder" ; je lui avais répondu : alors il ne me plairait pas tant que ça. Je souris devant la remarque de mon invité catalan. Il ne le sait pas mais il vient de passer une porte. Le temps passe, léger, il parle avec une loquacité peu commune pour un étranger. C'est qu'il parle sept langues, dont le Japonais, qu'il a vu et vécu tant de choses - il m'impressionne. Mieux : j'aurais pu l'inventer, l'écrire. Et puis ce n'est pas tant son don que sa façon de parler, faite de petites expressions si françaises qui me font oublier qu'il ne l'est pas, des expressions que j'affectionne et que j'entends rarement, si ce n'est dans ma propre bouche. Il parle de lui, me pose des questions, animé par une curiosité dévorante. Il est infiniment séduisant. Il passe une deuxième porte.

Je reviens de la cusine et le trouve à demi alangui sur mon canapé. Je m'assois par terre à quelques dizaines de centimètres de son visage. Il regarde un film sur le Japon que je lui ai proposé, et moi je le regarde. Il n'a pas voulu sortir tout à l'heure, voir des amis. Il ne dit jamais les choses directement, il a juste dit non à tout ce qui n'était pas rester là, seul avec moi. Nous allons nous embrasser, la ligne est toute tracée. Alors nous jouons à ne pas le faire. Il me regarde droit - une invitation - mais je ne cède pas. Je suis si bien dans cet instant du juste avant, un instant qui prend un malin plaisir à durer, à ne surtout pas s'achever.

Finalement, oui, je l'embrasse. C'est toujours moi qui embrasse. Je dois faire un peu peur aux garçons. Je l'embrasse doucement, très doucement. Il faut profiter de chaque frémissement. La première fois que je sens son souffle, la première fois que nos lèvres s'effleurent, entrent en contact, puis cette humidité nouvelle, fraîche, sur la peau brûlante. Le temps s'arrête. Le temps n'existe plus. Il n'y a plus que deux âmes, à la lueur d'une bougie et d'une télévision encore allumée, qui se croisent, se cognent délicatement. Depuis qu'il est entré tout à l'heure, plus aucune question, plus aucun doute. Tout est gracieux, donc beau, donc nécessaire.

Nous avons mis longtemps à nous déshabiller. Très longtemps. Il a embrassé chaque parcelle de ma peau. Et moi, sous ses baisers, je retrouvais des sensations oubliées. Tout remontait à la surface, à la surface de ma peau. Un lent et long orgasme de près de quatre heures, voilà ce qu'aura été cette première nuit ensemble. D'une main douce, il m'allonge sur le ventre. Il me lèche les pieds. Les genoux. Il caresse mes mollets, mes cuisses. Déjà, je ne sais plus où je suis. Tout est différent. Je regarde la lumière de la flamme devant moi. Et cette sensation qui remonte le long de mon corps. Mon dos, ma nuque, mon dos, mes fesses. Il me dévore entièrement. Je ne pense plus à rien. Je le touche moi aussi. Son ventre, ses poils, ses tétons. Je les mordille et les lèche. Il a encore son slip noir. Mes lèvres le contournent - et son sexe, que je sens pour la première fois, humide, brûlant. Je ne tarderai pas à le libérer, à le prendre dans ma bouche. Tout à coup, ému, j'enserre ma main autour de ce sexe ferme et droit et je remonte jusqu'à sa bouche pour l'embrasser, l'embrasser, l'embrasser. Je m'arrête et éloigne mon visage juste assez pour le regarder vraiment, ma main est immobile, mon regard dans le sien. Un instant. Nous ne disons rien, nous nous contemplons, nous nous contemplons en train de nous aimer. Je suis submergé par une vague nouvelle, j'ai envie de pleurer, il le voit peut-être, lui aussi il a les yeux humides. Plus tard, encore, après bien des caresses, des rires, des baisers, nous nous regarderons encore ainsi, plusieurs fois, dans le silence de l'amour. Comme dans un film de Gus Van Sant, nous prenons involontairement des poses, figés pour l'éternité dans cet instant de l'amour physique.

Quand je suis entré en lui, il n'y avait plus aucune barrière entre nous. Celle du préservatif n'en était même pas une à mon plaisir. Il m'a demandé de rentrer complètement et de rester là, comme ça, un moment. Il y a quelque chose de sacré dans cet acte-là, dans ce plaisir qui nous dépasse. En lui, je ne me sentais pas comme un animal, mais plutôt comme un dieu. Oui nous étions deux divinités sur le Mont Olympe, un désert d'hommes et de pensées, il n'y avait plus que nos deux corps à jamais réunis. Je l'ai pris longtemps, mon plaisir ne comptait pas vraiment, je ne voulais pas lui faire mal, alors j'allais très lentement, j'ai attendu qu'il me demande. Plus profond, plus vite. J'entendais son souffle, ses gémissements légers et réguliers, je sentais sa sueur monter sous mes mouvements. Je cherchais son regard, marron et profond, celui dont j'étais tombé amoureux la veille. Ce regard, il était planté sur moi, ou plutôt il m'enveloppait, comme une douce certitude. Finalement, derrière lui, je me suis collé à son dos, moite, pour lui dire, en me baissant vers son oreille, comme une morsure : je vais jouir. J'aurais pu lui dire que je l'aimais avec la même voix, le même ton. D'un clignement d'oeil, il me dit que lui aussi. Et nous jouissons. En même temps.

J'ai tout oublié, tout. Nous sommes allongés et nus côte à côte encore enlacés. Je me souviens avoir retiré un préservatif blanchi par le plaisir et l'avoir posé par terre dans un kleenex. Mais je ne me souviens plus comment j'ai atterri là, couché si près de lui, sentant son odeur et son souffle. Je suis bien. Je ferme les yeux, tout est blanc. Bientôt, il ne sera plus là. Il rentrera chez lui, loin. Mais je n'y pense pas. D'ailleurs, je ne pense pas du tout, je ne suis qu'un corps battant, le mien ou le sien, je ne sais plus, ou quelque chose entre les deux, dans l'interstice entre sa cuisse et ma taille, entre mon front et sa main. Bientôt, il ne sera plus là. Il rentrera chez lui, loin. Qu'importe puisqu'il est là, d'une présence évidente, émouvante. C'est sous la douche un peu plus tard que je comprends pourquoi j'ai tant voulu ne plus coucher avec des garçons, et pourquoi j'ai couché avec celui-ci, mon ange, mon amour. C'est sous la douche que je vois la grâce de l'eau qui coule sur son front, son torse, son sexe. C'est sous la douche que je sens que je suis différent d'avant, d'hier - et si je suis différent, c'est que quelque chose a existé, que quelque chose existe. Des larmes inondent mes joues, je brandis le pommeau pour les noyer dans l'océan de l'eau qui coule, comme une dernière pudeur, pour ne pas lui montrer que je pleure de joie. Et puis si, je lui montre, que je pleure, que je l'aime, et je l'embrasse encore, brûlant. Je l'embrasse et renais sous ses baisers - l'eau qui coule et se perd sous nos pieds.

lundi 7 mai 2007

larmes éphémères et rage amère


Je n'ai pas ressenti le désespoir attendu. Au contraire, une forme de rage, de celle qui vous pousse à avancer. Le doute, si faible fut-il, était plus douloureux que la certitude. A présent, je suis libéré et armé. Quelque chose d'inconnu en moi a décidé de profiter comme s'il n'y avait pas de lendemain... Bien sûr, ce bouclier n'a qu'un temps mais, oserais-je le dire, quelle jubilation dans cette rage nouvelle et frondeuse.

I like the peace in the backseat, I don't have to drive, I don't have to speak, I can watch the country side and I can fall asleep.

Ai travaillé jusqu'à trois heures vingt, ai lu un demi scénario en anglais, ai bu du saint émilion 1994, ai acheté quatre CD - un vieux Belle and Sebastian, une résurrection d'Elliot Smith, les Artic Monkeys et Arcade Fire - que j'écoute là maintenant, ai acheté deux livres, ai mangé en neuf minutes, répondu à tous mes mails professionnels, me suis masturbé trois fois, lu à toute vitesse cent pages du nouveau Edmund White - comme quand j'étais adolescent -, suis allé nagé quarante-cinq minutes dans une nouvelle piscine, une alcôve transparente dans un square, faire des courses au monoprix de luxe - celui où je me damne quand je déprime - ai cuisiné du poulet au gingembre et au citron. J'attends Y, là maintenant.

My family tree's loosing all its leaves, crashing towards the driver's seat, the lightening bolt made enough heat to melt the street beneath your feet. Alice died in the night, I've been learning to drive my whole life, I've been learning.

Ce matin le métro était un convoi funéraire. Les passagers de 11h étaient sombres comme le ciel. Moi je ne pensais déjà plus à la politique. Ou alors je faisais semblant de ne plus y penser. Je me concentrais sur la musique et revivais ma nuit avec A.

Something filled up my heart with nothing, someone told me not to cry. But now I'm older, my heart's colder, and I can see that it's lie.

Par provocation, j'avais enlevé mon t-shirt pour dormir, et comme la fois précédente, sur son épaule, je m'étais endormi devant le film que je ne revoyais que pour lui puisque je l'avais déjà visité plus de dix fois. Nos Années sauvages, la nuit du vendredi, c'était sur ton épaule. Plus tard, nos deux corps tendrement jouaient dans le lit à dessiner des figures inédites. C'est toi qui t'es collé à moi d'abord. C'est toi qui m'a pris la main. Et puis tu as bougé. Je me suis serré contre ton dos, j'ai senti fort ton odeur. J'ai rêvé que tu étais parti, je me suis réveillé, et tu étais toujours contre moi. Je n'ai pas cherché à avoir plus, je savais que tu ne voudrais pas, et rien n'est moins désirable qu'un garçon sans désir, alors j'essayais juste de cacher mon érection. Bander toute une nuit, ça fait un peu mal à la fin. Mais bon j'avais compris un peu plus tôt. Tu m'avais cité un extrait de Gide - que tu m'avais envoyé le premier jour, celui de notre rencontre - et tu m'avais dit ta peur des relations éphémères, que le sexe pouvait tout tuer, et que bien des fois tu aurais voulu laisser une chance à une histoire éteinte trop tôt par un échange physique.

I guess we'll just have to adjust. With lightening bolts a glowing I can see where I am going.

J'aimerais que A. me regarde avec l'amour dont il n'est pas capable. J'aimerais créer cela en lui. Orgueil, péché d'orgueil. Je n'ai pas encore souffert pour lui. Ce n'est pas tellement lui qui me trouble, c'est notre relation. Je n'arrive pas à la nommer. Alors chaque rencontre est une expérience, nouvelle et unique. Tourner autour d'un corps, d'un visage. Il aime mon sourire. C'est la seule chose qu'il m'ait donné. Répété. Presque à chaque fois. Aujourd'hui je n'ai pas souri. Je n'ai pas pleuré non plus - pourtant il y aurait de quoi. J'ai un peu écrit. Là, maintenant.

If you still want me, please forgive me, because the spark is not within me, it's not within me, it's not within me. You gotta be the one, you gotta be the way your name is the only word I can say.

mardi 1 mai 2007

juste avant l'orage


Cette drôle d'absence. Il y a certain jours où j'oublie tout. La douleur, les autres, moi-même. Je me suis oublié quelque part, dans cette ville étrangère, peut-être, cette ville que je connais de mieux en mieux et que j'aime de plus en plus - Londres. Je la trouvais froide et distante, je la regardais derrière une vitre grisée, du haut d'un building. Elle me semblait construite pour rompre, ou mourir dans la foule, qui ne sont pas mes activités préférées. Mais là, non. Je connaissais le labyrinthe de son métro et des ses rues, je me suis fait Ariane pour mes amis innocents à ses dédales. A présent, j'y ai mes petits rituels, mon quartier, mon restaurant, mes tableaux. Après tout ce temps, nous nous sommes finalement apprivoisés.

Juste avant de partir, la veille au soir, une première dispute avec A. Forcément, c'était le soir des élections, et je lui en voulais (bêtement) un peu. Alors j'ai joué à tout lui dire. C'est très facile de se décharger, de lancer des mots crus - pour voir. Evidemment, il a été assez froid pour que je puisse lui reprocher et qu'il puisse s'en vouloir. Evidemment, après ma scène du grand deux, je l'ai oublié : je lui en avais trop dit, trop donné, je n'avais plus de pensée libre pour lui. Quand je suis rentré cinq jours plus tard, j'ai été surpris d'avoir un message d'excuse, il voulait me voir dès mon retour. J'ai accepté de le voir. Il était charmant (comme d'habitude) et moi plutôt agréable et même amusant (ce qui peut arriver à tout le monde). Bon, il y a quand même eu ce moment un peu vache où je lui ai dit que j'avais cessé d'être ami avec un garçon le jour où, au sortir d'un film de Chantal Akerman, il m'avait dit que c'était le plus mauvais film qu'il n'avait jamais vu. Et comme nous sortions d'un film qu'il n'avait pas aimé... Un peu plus tôt, au beau milieu du dîner, il m'a avoué qu'il ne me comprenait pas du tout, que j'étais un mystère pour lui. Son drôle d'intérêt pour moi était donc là. Au moment de nous quitter, à trois heures du matin, nous nous sommes (comme d'habitude) embrassés deux fois comme si nous n'arrivions pas à nous quitter. Il m'a dit qu'il voulait dormir chez lui mais que la prochaine fois il dormirait sans doute chez moi. Irrécupérable. Peut-être finirons-nous par nous apprivoiser, je ne sais pas, on ne peut jamais savoir. Capitaliste, froid et sexy, s'il était une ville, il pourrait bien être Londres.

Oublier. Boire et faire l'amour avec Y. Sortir avec P. Dîner avec Cl. fraîchement revenue de NYC. Travailler - si peu. Oublier.

En sortant du cinéma dimanche, mon pique-nique était tombé à l'eau. L'orage, la grêle, avaient transformé Paris en un désert blanc. Le film était fini depuis de longues minutes quand je suis sorti pour longer le torrent gris au milieu de la route, seul et téméraire - les spectateurs étaient restés sur le seuil à contempler l'eau qui tombait en rideau puis le jeune homme qui s'y engouffrait. Comme j'aime la pluie ! Quand les vêtements d'été collent à la peau... Et cette lumière qui illumine les visages... Il n'y avait pas une voiture Boulevard Saint-Michel en cette fin d'après-midi, ni même un passant. J'étais seul dans un monde nouveau. A cet instant de l'orage, mon coeur se sentait si pur...